Macbeth de Justin Kurzel : S’agitent et se pavanent

“Trois quarts de sang et un quart de flûte” se moquait Céline à propos des Mouches de Sartre qui inversait l’architecture des pièces de Shakespeare (“trois quarts de flûte, un quart de sang”). Justin Kuzler filme Macbeth comme un guerrier à peine sorti de la barbarie en reléguant en voix off (les plans durent à peine plus de 5 à 6 secondes comme dans un clip) le prince maître de la langue et en transformant les sorcières, métaphores de la tentation, en une pénible parabole sur le destin et les esprits.

La sublime confrontation de l’homme de pouvoir avec son arme, dans la pièce et le film un poignard (“est-ce un poignard que je vois là devant moi, la poignée vers ma main ? Viens que je te saisisse ! Je ne te tiens pas, et pourtant je te vois toujours. N’es-tu pas, vision fatale, sensible au toucher comme à la vue ? Ou n’es-tu qu’un poignard imaginaire, fausse création émanée d’un cerveau en feu ? Je te vois pourtant, aussi palpable en apparence que celui que je tire en ce moment“) se transforme en vue de l’esprit, peut-être pour surligner la métaphore finale sur la vie comparée à un “fantôme errant” ou pour se vautrer dans le mysticisme laïque critiqué par la comédienne Jeanne Balibar dans une passionnante interview du Monde hélas passée presque inaperçue.

Michael Fassbender n’a pas de mal à faire peur avec sa carrure et sa mâchoire puissantes, mais Macbeth est histoire de fièvre comme l’interprétation d’Orson Welles dans sa mise en scène de la pièce : comment un homme de pouvoir peut-il ne pas devenir un meurtrier ? Le sujet, passionnant, suppose de se laisser porter par la magie du verbe shakespearien qui ronge les sinuosités de l’âme malade d’un prince et de sa femme. Donnez-nous trois quarts de flûte.

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