Exposition Scorsese à la Cinémathèque Française : de la rédemption à la dérision de la violence masculine

Nul mieux que Martin Scorsese n’a représenté la “croissance du désert” redoutée par Nietzsche de la solitude des paumés de Little Italy et Times Square (Mean Streets, Taxi Driver, Les affranchis…) à la violence onaniste des traders de Wall Street dans Le loup de Wall Street.

L’exposition proposée par la Cinémathèque française déroule les obsessions du “maître cinéphile” comme l’appelle Serge Toubiana, des thèmes chrétiens (péché, crucifixion, châtiment…) à la frérocité, le caractère inconciliable du désir et de l’amour entre les hommes et les femmes, l’admiration envers Hitchcock auquel il emprunte de nombreux collaborateurs et le cinéma italien (le compositeur Bernard Hermann qui compose la bande son hypnotique de Taxi driver, le compositeur de générique Saul Bass réinvente cet art pour Casino, le chef décorateur Dante Ferretti de Pasolini et Fellini signe tous les décors de Scorsese depuis Le temps de l’innocence en 1993), ou encore l’usage du plan-séquence et du montage poussés à leur perfection par le talent de ses collaborateurs (notamment Michael Ballhaus, chef-opérateur de Fassbinder et Robert Richardson à l’image, Thelma Schoonmaker, dernière épouse du cinéaste Michael Powell dont Scorsese admirait Le voyeur, au montage).

L’exposition rappelle à quel point l’oeuvre de Scorsese s’inscrit dans son expérience de la violence de Little Italy et le christianisme de sa mère (la psychanalyste Colette Soler dirait : “à mère sainte, fils pervers“). Aucun cinéaste n’a mieux mis en scène la fascination du pays pour les armes que lorsque Robert de Niro parle armes à la main à son reflet dans Taxi Driver. Les extraits de scénario et de story-board sont l’apport majeur de l’exposition avec les photographies de plateau de Brigitte Lacombe qui donnent un aperçu de l’ambiance des tournages et de l’ambition du cinéaste.

Je serais bien en peine de nommer mon film préféré du maître new-yorkais en raison de mon goût modéré pour ses thèmes et me réservant en cas de guerre dans notre beau pays le rôle de réfugié ou d’otage, mais l’oeuvre de Scorsese reste la plus ambitieuse en termes de langage cinématographique et de renouvellement de la mythologie urbaine depuis environ cinquante ans.
L’exposition Scorsese, jusqu’au 14 février 2016, à la Cinémathèque française

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *