L’aventure de Mme Muir : le triomphe de l’esprit sur le corps

L'Aventure de Mme Muir - George Sanders et Gene TierneyJoseph Mankiewicz, le cinéaste autoproclamé des histoires où « la vie bousille les scénarios » (Eve, La comtesse aux pieds nus, Le limier, etc.) a signé une inoubliable ode à la vie et à l’imaginaire avec L’aventure de Mme Muir, où la divine Gene Tierney (Laura, Péché mortel), veuve anglaise retirée au bord de la mer, se prend d’amitié, puis d’amour, pour le fantôme du marin qui occupait précédemment la maison, interprété avec l’élégance surannée de Rex Harrison (My fair lady, Infidèlement vôtre).

Tout contribue dans ce film à procurer l’envoûtement du spectateur, de la musique lyrique de Bernard Herrmann, le musicien attitré de Hitchcock, aux éclairages poétiques de Charles Lang (Règlement de comptes, Certains l’aiment chaud), en passant par les interprètes, dont l’apparition à l’âge de neuf ans de Natalie Wood (West side story, La fièvre dans le sang) dans le rôle d’une étudiante prête à se fiancer (sic), et l’imparable George Sanders (Eve, Rebecca), le seul comédien capable de dire sérieusement : « Les plus beaux poèmes sur le printemps anglais ont été écrits en Italie. »

Gene Tierney promène sa grâce sur les plages de l’Atlantique, dans les rues de Londres pour trouver un éditeur au manuscrit écrit sous la dictée de son amant fantôme, puis dans sa maison hantée où elle pense être la seule à pouvoir converser avec le revenant. Elle croit un instant en l’amour avec un vivant lorsque le perfide George Sanders sème des signes annonciateurs d’aventure, mais la trahison l’enferme dans son imagination dont elle est sauvée en partageant ses souvenirs. Rarement aura-t-on aussi bien filmé l’autonomie des vies rêvées par rapport à celles que l’on a l’impression de vivre.

Filmothèque du Quartier Latin, 9 rue Champollion, Paris, 01 43 26 84 65, métro Cluny, Odéon

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