Notre petite soeur de Hirokazu Kore-eda : l’art de la couette

Notre petite soeur est de ces films dans lesquels on s’emmitoufle pour couvrir un bras saisi par le froid du matin ou en apercevant la buée sur la vitre. La délicatesse du cinéma de Hirokazu Kore-eda ravit une poignée d’irréductibles qui se sont transmis le secret loin du bruit des festivals et les bruits de sabot du marché.

Le sortilège de Notre petite soeur vient d’une cité de femmes à Kamakura au sud de Tokyo, organisée autour de la soeur aînée, agrandie par l’arrivée d’une demi-soeur orpheline de leur père remarié dans le nord-est du Japon. La ravissante benjamine rejoint le trio où son énergie, sa candeur, sa frange et sa couette secouent les vieilles filles en devenir et l’équipe de foot mixte locale admiratrice de Zidane.

Les trois soeurs composent difficilement avec les hommes d’avoir été tôt livrées à elles-mêmes à la suite de la fuite de leur père et du départ précoce de leur mère. L’aînée remplit la fonction de chef de famille, la seconde embouche des minables et la troisième vit tranquillement sa vie. Hirokazu Kore-eda n’a pas son pareil pour les scènes de déclaration d’amour de biais, au moment où les hommes tombent leurs griffes de prédateurs pour s’accrocher aux autres dans leurs vies minées par les deux grandes machines contemporaines à souffrir que sont la solitude et la précarité du couple.

Le cinéma de Hirokazu Kore-eda se tient à la frontière de la campagne et de la ville, de la terre et de l’océan, où il reste un espace pour créer une collectivité à l’abri du bruit et de la fureur. Cette place si singulière dans un secteur qui identifie trop facilement l’artiste au pervers, se privant de tant de femmes cinéastes qui versent comme Kore-eda du côté de la caresse, est pourtant aussi solide qu’une étreinte.

 

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