Much loved de Nabil Ayouch : la taille de l’orgueil

L’orgueil masculin des clients de trois copines de Marrakech, Noha, Randa et Soukaina est rabattu dès l’ouverture du film : la première rêve d’un Saoudien “beau, gentil et avec une petite bite”. Le cinéaste renvoie dos à dos des Saoudiens richissimes et priapiques et des Français fauchés, tous aussi vulgaires les uns que les autres. Les filles s’échappent, soulevées de terre par leur meneuse Roha, belle et provocante, rejetée par sa famille modeste qu’elle entretient en assurant son autonomie financière par la prostitution.

Le portrait sociologique de jeunes Marocaines prises au piège de la prostitution ne doit pas manquer l’élément le plus intéressant du film, que Much loved suive caméra sur épaule la chute des corps de la société contemporaine où l’excitation pornographique uniformise les fantasmes masculins qui ne sont pas détournés par l’imaginaire féminin. Même le sympathique Français échappé des bras de sa femme en goguette à Marrakech, interprété par le génial Carlo Brandt, l’un des plus importants interprètes de seconds rôles du cinéma français, jouit des talents de la belle Noha sans y mettre du sien. Loubna Abidar embrasse, lèche et mime l’orgasme qui fait rêver les hommes de s’imaginer surpuissant tout en couvant sa maison close entre copines jusqu’à se mettre en danger.

Nabil Ayouch soulève une question de taille avec Much loved, sur la limite où les hommes acceptent que leur orgueil soit battu en brèche. La démocratie libérale a eu le “génie” pour offrir des substituts à la violence masculine de promouvoir le sport à une série illimitée de performances vécues par procuration, où la coupe de monde de rugby chasse l’euro de basket et l’US Open de tennis qui succédaient aux championnats du monde de judo, sans même parler de la planète foot qui tourne 350 jours par an. Les héroïnes de Much loved font le choix d’un gynécée géré par un placide chauffeur, la petite troupe échouant sur une plage d’Agadir, où l’orgueil rabattu laisse place à des plaisirs fugaces, mais enfin partagés.
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