Cemetery of splendour de Apichatpong Weerasethakul : le bienheureux somme des soldats

Dans l’intuition de Rimbaud sur la beauté du monde où “dorment” les soldats (Le dormeur du val) et de Kurosawa filmant le bonheur des villageois dès lors qu’ils oublient leurs soldats dans Les sept samouraïs, Apichatpong Weerasethakul s’inscrit avec ses soldats blessés et endormis dans un hôpital de campagne à Khon Kaen au nord-est de la Thaïlande, dans une région où se mêlent Laotiens et Thaïs.

Le grand cinéaste thaï filme le petit monde des femmes veillant sur ces messieurs, où le soin passe par la parole, les caresses et le sortilège d’une médium qui communique avec les morts. Son chef opérateur emprunté par Miguel Gomes pour Les mille et une nuits a laissé la place au Mexicain Diego Garcia, chef opérateur de Carlos Reygadas qui pousse le film vers le plan-séquence alors que Weerasethakul offrait jusqu’à présent de sublimes travellings qui chorégraphiaient ses films. Jonglant moi-même avec deux films sur la psychanalyse abondant de plans séquences, Cinématographe : Lacan lu par Colette Soler et ces derniers jours Transferts publics : L’institut hospitalier de psychanalyse de Sainte-Anne avec l’équipe des Docteurs Françoise Gorog et Luc Faucher à Sainte-Anne, je peux affirmer en souvenir de Fritz Lang dans Le mépris (“Le cinémascope est fait pour les serpents et les enterrements“) que le plan-séquence est fait pour les psychanalystes et les appelant(e)s de l’amour (Colette Soler) de Weerasethakul à celles ou ceux qui s’en réclament comme la cinéaste Salma Cheddadi dont les personnages donnent une forme poétique et amoureuse à leur désir sensuel et sexuel.

Rak ti Khon Kaen en version originale (a priori dans mon thaï balbutiant : Je t’aime Khon Kaen) est en partie une oeuvre autobiographique dans laquelle Apichatpong Weerasethakul filme son village d’enfance où il assistait aux soins donnés par sa mère, qui prennent ici la forme de rituels oscillant entre la parole, la douceur, l’ésotérisme et l’érotisme, notamment dans la séquence où l’héroïne présente la blessure à sa jambe en forme de vulve léchée par son amie. Film décrit comme une “méditation sur la Thaïlande, nation fébrile”, Cemetery of Splendour unit la petite enfance au rêve d’adulte d’évoluer dans un pays pacifié où les infirmières n’auraient qu’à s’extasier sur l’érection matinale de soldats comateux. La métaphore est la plus belle de la saison cinématographique face à tous les appelants de canon.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *