Rencontres d’Arles 2015 (4) : Woods et Galimberti, l’esthétique du maître

Le mauvais goût mâtiné de franchise (“ce que nous faisons n’est peut-être pas moral mais légal” est l’une des phrases récurrentes des responsables des plate-formes de paradis fiscal) des maîtres du monde financier réfugiés dans les îlots dits paradisiaques (îles Caïman, Jersey, Hong Kong, etc.) avec la bénédiction pour la plupart d’entre eux de la Couronne d’Angleterre est capturé par le duo de photographes résidant en Italie, Paolo Woods et Gabriele Galimberti.

Les Paradis, rapport annuel dresse une cartographie du cynisme et de la brutalité du monde financier échappant à la régulation internationale par un mélange de laissez-faire et de flou juridique. Les photographes ne cadrent pas les cocotiers souvent utilisés pour illustrer le sujet, mais la froideur du cadre de décision de la guerre économique moderne, et la misère des populations pauvres de leur environnement, notamment en Angola, dont la capitale Luanda, plaque tournante du trafic de pierres précieuses et de matières premières, est l’une des villes plus chères du monde, et Hong Kong où certains travailleurs occupent des logements dans lesquels il n’est pas possible de dormir allongé.

Un texte clinique accompagne l’illustration de l’organisation à ciel ouvert de l’exil fiscal par des criminels en col blanc à l’abri des lois et de la justice. La photographie de ce monde est mise à l’épreuve de sa laideur et sa froideur puisque rien ne semble durable chez ces nouveaux riches qui n’ont pas acquis le sens de l’histoire et de la trace contrairement à l’aristocratie européenne au fil des siècles. L’immense talent de Woods et Galimberti éclate dans chaque image qui représente un monde réduit à la forme d’un bilan comptable bien troussé réduit au pur onanisme de l’argent au bénéfice du plus retors.

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