Les rencontres d’Arles 2015 (2) : Stephen Shore, le spectacle déplié

La rétrospective du photographe américain né en 1947, pionnier de la couleur, donne la mesure de la manière dont la mise en scène de soi et l’autospectacle permanent se sont imposés dans la vie occidentale depuis les années 60 et 70.

Sa série Uncommon places datant de 1972 et 1973 décrit le monde rétréci de la vie moderne comme une série de lieux lestés de leur poids de déjà-vu pour être immédiatement identifiables par nos semblables en fonction de leur classe sociale et de leur pouvoir d’achat.

La série Paysages de 1985 cherche à “donner à voir le sens du lieu dans les espaces privés de distraction, où on peut penser qu’il y a “rien” hormis une prairie, un rocher ou de la végétation”. Stephen Shore inclut dans le cadre d’un paysage enchanteur un tag sur des rochers ou une trace de pneus pour exprimer la laideur de “l’hominisation du monde” (Lacan, Le transfert) jusque dans les lieux les plus reculés.

L’interrogation du photographe sur les lieux contemporains et l’archéologie semble dépourvue de l’humour et de l’ambition de ses formidables travaux des années 70 durant lesquelles il a exploré les plis du spectacle contemporain. La tristesse d’un “Sunset” (Crépuscule) délavé sur la façade fatiguée d’un immeuble ou la solitude d’une femme entrant dans une piscine immaculée comme symboles de l’illusion de toute quête d’une vie “hors du commun” semblent avoir condamné l’artiste au désenchantement.

Rencontres d’Arles 2015, jusqu’au 20 septembre 2015

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