La maison du Docteur Edwardes : Hitchcock et la psychanalyse

La Maison du Docteur Edwardes - Ingrid Bergman et Gregory Peck

Alfred Hitchcock se moquait des grosses ficelles du scénario de La maison du Docteur Edwardes, mais il a eu le génie de commander la séquence du rêve de Gregory Peck à Salvador Dali, donnant naissance à l’une des plus fabuleuses et imaginatives séquences de rêve de l’histoire du cinéma.

Premier film basé sur l’univers de la psychanalyse en 1945, La maison du docteur Edwardes raconte l’histoire de Constance, une psychiatre (Ingrid Bergman) qui tombe amoureuse du nouveau directeur (Gregory Peck) de l’asile d’aliénés dans lequel elle travaille, mais celui-ci se révèle très rapidement être un imposteur qui a pris la place du véritable docteur Edwardes. Constance, convaincu de l’innocence de son ami qui s’estime victime d’une amnésie, s’enfuit avec lui pour mener une analyse complète permettant la réminiscence de ses souvenirs.

Hitchcock s’est beaucoup intéressé à cette science nouvelle dans les années 40 aux Etats-Unis, la psychanalyse, et certains de ses films font figure de véritables cas cliniques des catégories psychanalytiques : voyeurisme (James Stewart observant ses voisins à la jumelle dans Fenêtre sur cour), fétichisme (Judith Anderson organisant le culte d’une morte dans Rebecca), castration et schizophrénie (Anthony Perkins se transformant progressivement en sa mère possessive dans Psychose), refoulement (John Dall faisant preuve d’une grande perversité avec tous les hommes qui l’environnent dans La corde), transfert (James Stewart demandant à la femme qu’il rencontre de ressembler à sa précédente compagne dans Sueurs froides), etc.

La Maison du Docteur EdwardesDans La maison du Docteur Edwardes, les indices qui permettent la résolution de l’intrigue ne sont plus placés dans la vie réelle, mais dans les phobies et les souvenirs de Gregory Peck : peur des lignes blanches des nappes de table et de la robe de chambre d’Ingrid Bergman, qui lui rappellent une tragique sortie au ski, souvenir d’une pente qui évoque une montagne, d’avoir été poursuivi par un ange qui permet de retrouver que la scène s’est passée Vallée de Gabriel, etc. Dans la préface à L’art de la joie de Goliarda Sapienza, l’éditeur italien  Angelo Pellegrino déplorait la fusion du cinéma et de la psychanalyse. Les moments des films d’Hitchcock où les personnages débattent de questions psychanalytiques ne sont pas les plus passionnants de son oeuvre car ils enferment trop souvent ses personnages dans des solutions préconçues, mais cette science lui a permis d’étendre les mystères de l’âme humaine à une nouvelle poésie. Une fois les intrigues oubliées, il reste, comme disait Jean-Luc Godard dans Histoires du cinéma, qu’on “se souvient d’un sac à main, on se souvient d’un autocar dans le désert, on se souveint d’un verre de lait, des ailes d’un moulin, d’une brosse à cheveux, d’une rangée de bouteilles,d’une paire de lunettes, d’une partition de musique, d’un trousseau de clés. Parce qu’avec eux et à travers eux Alfred Hitchcock a réussi là où échouèrent Alexandre, Jules César, Napoléon : prendre le contrôle de l’univers.” 

Champo, 51 rue des Ecoles, 75 005 Paris, Métro Saint-Michel, Odéon, Cluny

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