cycle Désir : Mordez, pauvres mortels

Infidèlement vôtre

Si le XXe siècle a été celui de l’affirmation des femmes dans la sphère publique et privée, il a aussi été celui de la féminisation des hommes, qui ont accompli la prophétie de Roland Barthes selon lequel : “un homme qui attend et souffre est miraculeusement féminisé… l’origine a appartenu, l’avenir appartiendra aux sujets en qui il y a du féminin.” (Fragments du désir amoureux) Et chacun sait que ce sont dans les salles du cinéma que se font, se reforment et se défont les couples attirés par l’aspirateur à fantasmes de l’écran noir.

La première partie du cycle Désir programmé par le Forum des images tout juste rénové est une belle exploration des désirs et des pulsions qui ont marqué l’histoire du cinéma.

S’il ne fallait retenir que deux rendez-vous, je ne saurais trop conseiller aux spectateurs de tout abandonner pour Infidèlement vôtre (photo) de Preston Sturges, (le 19 mars à 14 heures 30 et le 22 mars à 21 heures), et Femmes de George Cukor (le 19 mars à 21 heures). Infidèlement vôtre met en scène un chef d’orchestre qui imagine en fonction de la musique qu’il dirige (Rossini, Wagner, Tchaïkovski) différents destins pour la femme qu’il aime, jusqu’à l’adultère qu’il imagine avec son meilleur ami, l’amenant à l’une des plus impressionnantes destructions d’appartement offertes par le cinéma. Femmes de Cukor, filmé sans aucun homme (ni mâle, tous les animaux à l’écran étant des femelles), est l’inventeur d’une chorégraphie à part dans le cinéma, l’art du tourné, que l’on retrouve aujourd’hui aussi bien dans le cinéma de Pedro Almodovar que dans celui d’Arnaud Desplechin.

Sueurs froides d’Hitchcock (le 14 mars à 16 heures 30, dépêchez-vous), avec James Stewart et Kim Novak, est l’un des plus beaux films du monde, où l’on voit un policier en proie au vertige, retraité, tomber amoureux d’une femme envoûtée par une morte, prétendant être née au XIXe siècle, avant de vouloir recréer à tout prix chez une autre femme l’image de celle qu’il a aimée.

Le port de l’angoisse de Howard Hawks (le 14 mars à 20 heures, dépêchez-vous), sur un scénario de Faulkner d’après Hemingway, est célèbre pour son duo entre Humphrey Bogart, en vieux pêcheur individualiste pris dans le filet d’une belle pickpocket, Lauren Bacall, qui l’entraîne dans la résistance française contre le nazisme en un roulé de hanche mémorable.

Le facteur sonne toujours deux fois de Tay Garnett (le 15 mars à 16 heures 30), d’après le roman de James McCain, qui est la base de toute histoire d’amants cherchant à se débarrasser d’un mari dérangeant, impressionne par sa mise en scène sensuelle et suggestive : un bâton de rouge à lèvre qui roule sur le sol mène aux jambes de Lana Turner, un homme meurt avant que l’écho de son dernier cri ne retentisse.

Gilda de Charles Vidor (le 18 mars) est incontournable pour un célèbre strip-tease de bras, Sérénade à trois (le même jour) pour découvrir que les femmes ne sont pas des gentlemen, Haute pègre (le 20 mars) pour célébrer l’amoralité de ce couple de kleptomanes, Certains l’aiment chaud (le 21 mars) pour se rappeler que nul n’est parfait, Madame de (le 25 mars) pour apprendre l’art de la séduction par Danielle Darrieux et Vittorio De Sica, Duel au soleil (le 26 mars) pour se souvenir que la passion, c’est “ni avec toi, ni sans toi”, comme disait Truffaut dans La femme d’à côté, et La Féline de Jacques Tourneur pour finir en beauté le cycle le 29 mars à 21 heures, et apprendre à mordre sans complexe.
Première partie du cycle désir, jusqu’au 29 mars. Forum des images, 2 rue du cinéma, Forum des Halles, 75001 Paris, www.forumdesimages.fr, 01 44 76 63 00

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