Animal machine de Bernard Bloch : bêtes à traire

Le plaisir de voir enfin le travail de Jean-Yves Penn, producteur de lait biologique dans le Morbihan et ami de 20 ans cet été, reconnu en dehors de la presse agricole et locale n’est pas le moindre plaisir de la vision du beau film de Bernard Bloch consacré à la manière dont la zootechnie a transformé le corps de la vache au XXe siècle en une machine à “pisser du lait” bourrée dans l’agriculture productiviste d’antibiotiques et d’hormones.

Le documentaire retrace le parcours de la race Holstein qui impressionna Henry Ford en 1927, lorsque la visite des abattoirs de Cincinatti lui inspira le taylorisme et la réduction de la constitution mentale des ouvriers à une série de gestes dignes selon lui d’un boeuf. Bernard Bloch creuse les racines du mal dans les recherches de la génétique, dont le pauvre Jacques Testart, responsable de la naissance du premier bébé éprouvette, Amandine, en 1982, et intégré à son corps défendant à la poursuite de l’insémination artificielle à outrance pour sélectionner les animaux les plus performants, mais peu adaptés à la vie naturelle et producteurs d’un lait de mauvaise qualité. Le voyage se poursuit dans les usines à lait qui hébergent jusqu’à 30 000 bêtes hors sol aux Etats-Unis, au Brésil ou en Inde.

Le témoignage de Jean-Yves Penn, producteur de 200 000 litres de lait bio par an avec son troupeau de 45 vaches nourries dans ses prés sans intervention de fertilisants, est le rayon de soleil offert par le cinéaste impressionné par le personnage. Le débat pourrait sembler militant s’il n’était confronté à des opposants si puissants, jusqu’à des esprits qui se rêvent très progressistes comme Michel Onfray, lequel se livre dans son dernier ouvrage Cosmos à une critique ridicule du biodynamisme en confondant ce qui est bon au goût (certains vins arrosés de sulfites) avec ce qui est bon pour la santé, l’alimentation sans sulfite, sans hormone, sans antibiotique, sans pesticide… issue d’une agriculture respectueuse de l’animal, du territoire et du consommateur. Et vive la bouche !

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