Welcome : comment on devient humaniste

Welcome - Vincent Lindon et Firat AyverdiIl y a quelques années, Régis Wargnier filmait magistralement dans Est/Ouest la longue nage, en pleine Mer Noire, d’un jeune Russe désireux de passer à l’Occident. Le mur de Berlin est tombé depuis cette histoire, mais un nouveau mur s’est construit aussi vite, Nord/Sud, sans doute pour continuer à vendre tranquillement des armes, des radars et des coffre-forts. Welcome de Philippe Lioret, avec son jeune Kurde d’Irak qui cherche à traverser la Manche à la nage, est l’histoire de ce monde.

C’est une ambiance de guerre qui règne à la frontière Manche, dans cette ville de Calais où affluent des migrants du monde entier pour atteindre l’Angleterre, à la recherche d’un emploi et d’une vie meilleure. Les migrants entassés dans des camions qui traversent la mer se mettent des sacs en plastique sur la tête pour tromper les détecteurs de CO2. La police surveille leurs allées et venues dans les villes du littoral et les condamne à se réfugier dans les bois, des vigiles leur interdisent l’entrée de certains supermarché. Les habitants qui leur prêtent assistance, ne serait-ce que pour les héberger ou les nourrir, sont passibles de cinq ans de prison  et 30 000 euros d’amende dans le pays des droits de l’homme.

Simon, interprété par l’acteur qui symbolise à lui seul la solitude et l’abandon, Vincent Lindon, est de ceux-là. Ce maître-nageur calaisien est en instance de divorce avec sa femme, interprétée par la talentueuse Audrey Dana (révélée par Claude Lelouch dans Roman de gare) lorsqu’un jeune Kurde (Firat Ayverdi) lui demande des cours de natation pour traverser la Manche afin de retrouver sa petite amie à Londres. Philippe Lioret, le cinéaste sensible de Je vais bien, ne t’en fais pas, filme attentivement la manière dont ces deux hommes s’apprivoisent mutuellement, même si leurs univers demeureront à jamais séparés. Welcome est finalement l’histoire d’un homme qui devient humaniste, d’abord pour impressionner sa petite amie, puis pour rompre avec la solitude, et découvre que les ennuis que lui apporte le fait de loger des migrants ne sont rien par rapport au sens que cette action donne à sa vie.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *