Cycle sado-masochisme : A vos fouets !

Belle de jour - Catherine DeneuveLe sado-masochisme est une invention récente, à peine plus vieille que le cinéma, et cette naissance simultanée a sans doute favorisé une certaine familiarité entre la thématique et le plus réaliste des arts, qui permet au spectateur d’assouvir ses pulsions ou ses fantasmes les plus répréhensibles.

Le cycle Autour du sado-masochisme mené depuis quelques semaines par les MK2 Quai-de-Loire et Quai-de-Seine permet de revoir quelques perles du genre, notamment l’un des plus beaux films du monde, Belle de jour de Luis Bunuel, d’après le roman de Kessel, sur un scénario de Bunuel et Jean-Claude Carrière.

Cette histoire d’une bourgeoise frigide (Catherine Deneuve) habitée par des fantasmes érotiques violentes, qui décide de se prostituer pour les assouvir, est la plus belle symphonie du désir et de la frustration jamais filmée. On y voit Michel Piccoli, libertin, orienter la jeune femme vers la maison de passe, puis lui expliquer le jour où il l’y retrouve qu’il ne la désire plus car ce qui lui plaisait chez elle était qu’elle soit mariée à un boyscout, avant de lui donner un peu d’argent pour offrir des chocolats à son mari.

Lunes de fiel de Roman Polanski raconte la lente décomposition du couple interprété par Peter Coyote et Emmanuelle Seigner, qui organise sa vie en assouvissant les fantasmes les plus débridés, puis déprave lors d’une croisière un couple innocent en voyage de noce, interprété par Hugh Grant et Kristin Scott Thomas, avant le succès de leur couple, beaucoup plus conventionnel, dans Quatre mariages et un enterrement.
Attache-moi est le film qui a révélé le cinéma de Pedro Almodovar en dehors de son pays, ainsi que le talent d’Antonio Banderas et Victoria Abril. Dans cette histoire, un jeune homme kidnappe une actrice de films pornographiques, persuadé qu’elle tombera amoureuse de lui, puis lui fait l’amour en l’attachant. Cette variation autour du célèbre syndrôme de Stockholm est aussi le symbole d’une Espagne libérée du franquisme, où la movida a explosé avec davantage de virulence que d’autres mouvements cinématographiques toutes les portes de la morale et des bonnes moeurs, avant d’imposer les premiers travestis dans un succès international avec Tout sur ma mère.

Le sado-masochisme au cinéma est finalement la pulsion naturelle d’une époque et de pays en manque de souffrance violente, comparée à celle vécue par les générations passées ou les pays en guerre. Pis-aller d’une époque pacifiée,il permet de dépasser les interdits en restant confortablement à sa place. Mais les coups de fouet et les lancers de boue chez Bunuel ou la corde chez Almodovar continuent à ébranler le champ de la morale, et à étendre celui du mystère.

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