Florence Henri au Jeu de Paume : la composition du sens

L’importance de la citoyenne du monde Florence Henri (1893-1982) née à New-York d’un père français et d’une mère allemande, pianiste et peintre, élève du Bauhaus puis photographe reconnue à Paris où elle était très admirée par Maholy-Nagy, esthète androgyne amoureuse des compositions géométriques et des formes féminines, se mesure dans le parcours des 130 tirages d’époque exposés par le Jeu de Paume.

La photographe se plonge dans le bain de la créativité à Berlin où elle rencontre Varèse, Hans Richter et Maïakovsky, suit les cours de Paul Klee et Kandinsky au Bauhaus de Weimar, puis prolonge la bohème à Paris où elle fréquente Mondrian, le couple Delaunay et crée son studio aussi bien fréquenté que celui de Man Ray (elle donne notamment des cours à Gisèle Freund et Lisette Model). Ses recherches cubistes sur objets et miroirs évoluent vers la publicité puis des portraits qui occupent tout le cadre et des nus débordant de sensualité.

Le théoricien hongrois Laszlo Moholy-Nagy exprimait ainsi son admiration pour l’artiste : “Avec les photographies de Florence Henri la pratique de la photographie aborde une nouvelle phase d’une toute autre ampleur que ce qu’il aurait été possible d’imaginer jusque ici. Au-delà de la composition documentaire, précise, exacte, des photographies définies à l’extrême, la recherche de l’effet de lumière est abordée non seulement dans les photogrammes abstraits, mais aussi dans les photographies de sujets concrets. Toute la problématique de la peinture manuelle est assumée dans le travail photographique et, à l’évidence, se trouve considérablement élargie par le nouvel instrument optique.”

La photographe affirmait vouloir “composer une image comme avec la peinture. Il faut que les volumes, les lignes, les ombres et la lumière obéissent à ma volonté et disent ce que je veux leur faire dire“. Ce propos qui pourrait paraître banal aujourd’hui est un programme révolutionnaire pour une artiste qui s’impose dès les années 20 par une manière inoubliable de capter le pouvoir entêtant du visage et la puissance du corps fantasmé et de l’accessoire dans le langage et l’érotisme contemporains.

Florence Henri, Miroir des avant-gardes, au Jeu de Paume du 24 février au 17 mai 2015

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