American Sniper de Clint Eastwood : la place du Maure

Une filmographie consacrée à la place que chacun prend fatalement aux autres en amour (Sur la route de Madison : une femme du Midwest reste avec son homme plutôt que de vivre son grand amour), en affaires (Impitoyable : de vieux cowboys sont embauchés pour venger une prostituée tailladée pour avoir moqué la petite taille du pénis d’un client) en famille (Million dollar baby : un entraîneur machiste de boxe entraîne une jeune femme ambitieuse qui occupe la place de sa fille qui refuse de le voir) ou en amitié (Mystic River : Sean Penn protège son clan jusqu’à l’abjection en sacrifiant son ami d’enfance devenu marginal après avoir été enlevé devant ses yeux par des pédophiles) donne le champ à l’in-vu du cinéma américain, l’arabe bombardé, torturé et transformé en animal, que Clint Eastwood a la dignité d’élever au rang de héros de son clan par le pendant de son American Sniper en la personne de Mustafa, sniper syrien au service des Irakiens martyrisés.

Le film consacré à un redneck texan patriote héros absolu de l’armée américaine pour avoir tué de 160 à 255 Irakiens selon la source, assassiné par un vétéran fragile alors qu’il l’accompagnait sur un terrain de tir, n’est certainement pas un éloge de l’invasion de l’Irak par les Américains à laquelle le cinéaste s’est opposé. American sniper est l’histoire d’un désastre annoncé où la guerre arme les enfants et transforme de braves types de tous les pays en bouchers, et où le moins pire protège les siens.

Un enfant élevé par son père en chasseur et en “chien de berger” dans un monde que le paternel divise en loups et moutons se transforme en bête (Bradley Cooper excellent en reconversion du burlesque vers l’Acting). Le jeune homme rencontre fatalement une belle (Sienna Miller) lassée de la sueur à soldat, mais attendrie par la gentillesse de son plouc. Elle déchante lorsque son bonhomme plonge dans le bain irakien et le combat de rue (filmé au Maroc comme il se doit aujourd’hui pour filmer les “pays arabes”) dont il reviendra bien amoché. Le cinéaste transforme le geste du héros en épopée lorsqu’il s’agit d’abattre son ennemi-miroir à 1,6 kilomètre tout en luttant contre 150 ennemis comme dans le film de propagande d’Inglourious Basterds et une tempête de sable numérique. C’est dans ce brouillard de sable que se lit le mieux le désastre de la politique arabe des Etats-Unis et de leurs alliés depuis un certain nombre d’années.

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