Harvey Milk : la liberté fait violence

Harvey Milk - Sean Penn et Diego Luna

Gus Van Sant, le cinéaste des hommes qui marchent dignement vers la mort (Gerry, Elephant, Last days), a trouvé un sujet de choix avec Harvey Milk, qui raconte l’histoire du premier homme politique américain ouvertement homosexuel, assassiné avec le maire de San Francisco en 1978 par l’un de ses collègues du conseil municipal aux motivations demeurées mystérieuses (homophobie, refoulement, manipulation, frustration…).

Le cinéaste qui maîtrise les règles de narration hollywoodienne sait nous raconter l’histoire d’un homme qui a défendu au cours des dix dernières années de sa vie les droits de sa communauté, et plus largement les droits de tout adulte à disposer librement de son corps, contre les lobbies les plus réactionnaires de la vie politique américaine. Les images d’archives qui rappellent la croisade du sénateur Briggs, menée il y a à peine plus de trente ans avec succès dans de nombreux Etats, pour bannir les homosexuels de l’enseignement, comme dans l’Allemagne nazie, sont particulièrement effrayantes.

Il n’est pas non plus facile de filmer les grises arcanes du pouvoir,  et Gus Van Sant traverse rapidement les passages obligés de la vie politique pour se concentrer avec son excellent opérateur Harris Savides sur les couleurs du milieu gay du San Francisco des années 70, avec une brochette d’acteurs impressionnante : Emile Hirsch, qui jouait sous la direction de Sean Penn dans Into the wild, James Franco (le méchant de Spider Man), ou l’ambigu Josh Brolin (No country for old men). La différence s’exprime par toutes les manières de manifester ou de vivre l’homosexualité depuis les années 70, du refoulement jusqu’aux drag-queens et aux transsexuels. Sean Penn délivre bien sûr une interprétation très réaliste, très Actor’s studio, à la démesure d’un personnage courageux, provocateur et extravagant comme Harvey Milk.

Mais le film intéresse surtout par la manière dont il raconte la violence que la différence exerce sur chacun d’entre nous, qu’elle soit d’ordre culturelle, ethnique, religieuse ou sexuelle. La plus fervente opposition aux droits gays provient d’une chanteuse populaire très conservatrice, Anita Bryant, qui entame une croisade contre tous ceux qu’elle considère comme déviants : prostituées, homosexuels, Juifs et Musulmans. “Comment allez-vous faire pour identifier les homosexuels ?” demande un militant au sénateur Briggs qui veut les chasser de l’enseignement. Quelle est la différence qui te fait peur, doit se demander le spectateur ? Les meilleurs films du XXe siècle ont abordé les grandes interrogations humaines d’un point de vue universel, comme si leur message valait pour toutes les cultures : l’inné et l’acquis, le bien et le mal, l’amour et le désir, etc. Les grandes oeuvres modernes parlent de la différence culturelle, religieuse, ethnique ou sexuelle. Bienvenue au XXIe siècle.

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