L’enlèvement au sérail de Mozart par Zabou Breitman : captive-moi que je nous sauve

De l’étrange désir des femmes d’être enlevées pour être sauvées d’un homme qu’elles sauveront en ce qu’il croit les sauver, le divin Mozart composa en 1782 un opéra, L’enlèvement au sérail, où une femme au prénom-programme, Constance (porté par la femme du compositeur autrichien) était enlevée par les Turcs avec son amie Blonde, d’où tenterait de les sauver les belîtres Belmonte et Pedrillo.

La tendre cinéaste Zabou Breitman entend délivrer un message de paix avec sa mise en scène de cette histoire généreuse dans laquelle le pacha Osmin finit par délivrer ses captives par honte de devenir aussi barbare que le père du héros, l’espagnol gouverneur d’Oran. L’orientalisme est prétexte à un décor et des costumes flamboyants jusqu’aux somptueuses danseuses orientales Bina et Clélia Sainton manifestement réjouies d’offrir autant de plaisir.

En cette soirée où nous étions l’invité de Nicole Giraud, Frédéric Antoun enrobe parfaitement le grand Aria de Belmonte par lequel Mozart chante à l’oreille de son épouse : “Constance, te revoir ? Oh quelle angoisse, quelle ardeur font battre mon coeur plein d’amour ! Les larmes de joie lorsqu’on se revoit compensent la souffrance de la séparation. Déjà je tremble et je chancelle, Déjà je tressaille et je vacille : le coeur gonflé se soulève ! Est-ce son murmure? Je suis si troublé ! Etait-ce son soupir ? Mes joues s’embrasent ! Est-ce l’amour qui me trompe ? Etait-ce un rêve ?”. La soprano américaine Lisette Oropesa, née à Bâton Rouge, ville chérie de tous les amateurs de polars de Louisiane, excelle dans le rôle de l’ingénue capturée prête à mourir d’amour pour son élégant, et la soprano russe Sofia Fomina s’amuse à jouer les girondes blondes sortilèges du harem.

Zabou Breitman allonge tout au long de l’opéra un homme plongé dans son narguilé et les paradis artificiels en souvenir de son décorateur Jean-Marc Stehlé décédé durant la préparation de l’opéra. Elle s’amuse avec le méchant de l’histoire, Erol Sander en Selim heureux de gouter le vin interdit par son prophète au point d’entamer un tout autre opéra que celui du programme, avant de chuter lourdement dans la fosse d’orchestre (du moins un mannequin à son effigie). Tous les symboles associés selon Edward Saïd à l’orient y passent : “sensualité, promesse, terreur, sublimité, plaisir idyllique, énergie intense”. Et surtout l’art de l’enlèvement, où la femme invite à sa capture pour mieux serrer son homme.


L’Enlèvement au Sérail au Palais Garnier
L’enlèvement au sérail de Mozart, mise en scène de Zabou Breitman, jusqu’au 28 février 2015

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *