Hope de Boris Lojkine : l’égalité de la bouche

L’une des plus grandes conquêtes des comédiens noirs africains au cours des dernières années réside dans la mise en scène de leur bouche pour mettre un terme à l’imaginaire colonial qui limitait jusqu’à récemment les possibilités à un grand rictus hilare pour les hommes et un sourire sensuel et accrocheur pour les femmes.

L’impressionnant Hope de Boris Loujkine consacré à la migration d’un Camerounais et d’une Nigériane des portes du Sahara jusqu’en Espagne suit le mouvement des lèvres de deux paumés du monde qui s’accrochent l’un à l’autre en franglais des ghettos de “Tamanrasset” (le film a été entièrement tourné au Maroc) en Algérie à ceux qui jouxtent la frontière de la ville espagnole de Melilla au Maroc qui constitue la porte d’entrée de nombreux migrants en Europe.

Le franglais utilisé pour communiquer redouble leur errance dans des terres hostiles jusqu’à un horizon fantasmé. Léonard (Justin Wang) dépense tout son argent par pitié pour la jeune Hope (Endurance Newton) qu’il force ensuite à se prostituer pour pouvoir sortir d’Algérie. Le film prend alors le parti inverse de Marie Ndiaye qui abandonnait l’une de ses “femmes puissantes” pour permettre à son amant d’arriver en Europe. Le film offre sa chance à la jeune femme sans épargner aucun détail des conditions de vie sordides de ces migrants condamnés à être apatrides au milieu de populations qui les méprisent, les utilisent ou les dénoncent souvent. Regarde la femme noire pleurer crie le cinéaste inquiet du temps qu’il faudra pour que le spectateur regarde ce visage avec autant de tendresse que la Gelsomina de La strada.

Hope Bande-annonce par toutlecine

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