Eau argentée Syrie autoportrait de Ossama Mohammed et Wiam Simav Bedirxan : Frères et Soeurs !

Eau argentée est un film qui rend un visage aux victimes et filme les bourreaux dans leur tâche quotidienne d’intimidation et d’extermination des Syriens pris dans les tenailles de la barbarie du régime de Bachar Al-Assad d’un côté et de l’Etat islamique de l’autre.

Le travail acharné des deux cinéastes est basé sur l’échange des impressions et des images sur internet depuis Paris pour le cinéaste Ossama Mohammed en exil depuis 2011 et Homs pour Wiam Simav (prénom kurde signifiant “Eau argentée”) Bedirxan, dans la ville assiégée par les troupes de Bachar Al-Assad. Le cinéaste regroupe des milliers de films téléchargés sur Youtube par des amateurs, la jeune femme capture des images du ravage de la ville située à proximité du Krak des chevaliers, l’un des vestiges les mieux conservés de l’époque des Croisades durant lesquelles les Musulmans étaient effrayés par le fanatisme et la violence des Chrétiens. Simav filme les bombardements de l’armée sur la ville et les chats cadavériques qui se nourrissent des cadavres d’animaux. Elle suit les promenades graves et joyeuses d’un petit garçon dont le rire soulève le coeur au milieu d’un océan d’horreurs.

Le cinéaste centre la poésie du film sur la Syrie et la douleur de son exil à Paris, sans jamais mettre en perspective l’histoire de ce peuple avec la manière dont les grandes puissances occidentales se sont appropriées cette région du monde au XXe du siècle, et dont leurs hésitations continuent de prolonger le drame syrien. Ossama Mohammed monte le drame comme s’il était vécu de l’intérieur, sans esquiver les tortures, les exécutions sommaires ou la jouissance des bourreaux issues d’une longue tradition de torture comme le prouve le récit La coquille de Moustafa Khalifé.

Simav Bedirxan filme le quotidien de la faim et de la désolation, mais aussi le rire des enfants qui fréquentent son école mixte malgré la fragilité de sa position en tant que femme, kurde et non voilée. Elle finit par quitter la ville en empruntant des tunnels au printemps 2014 lorsqu’elle est assiégée par l’armée qui s’empare du champ de ruines abandonné sous un tapis de bombes comme dans une bonne partie du pays. Il en sort ce film, d’une puissance poétique et politique inégalée, témoin à charge pour le jour où les bourreaux prétendront l’air béat qu’ils ne savaient pas, et autoportrait indispensable pour celles et ceux prêts à faire le pas vers un un pays et un peuple martyrisés.

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