La petite chambre de Stéphanie Chuat et Véronique Raymond : recréer du lien social

La sortie aux Etats-Unis de La petite chambre de Stéphanie Chuat et Véronique Reymond est l’occasion de revenir sur ce très beau film méconnu porté par deux très grands comédiens, le légendaire Michel Bouquet en homme aigri et solitaire et Florence Loiret Caille dans le rôle de son infirmière ravagée par le deuil d’un enfant mort-né.

La petite chambre est l’histoire de la cohabitation des mondes, des vivants et des morts bien sûr, mais aussi de la vieille Europe personnifiée par la belle ville suisse de Lausanne entre lac et montagne et l’Amérique où émigre le fils de Michel Bouquet (pour arranger ses déplacements, ce dernier lui promet de “mourir au mois d’août) et où le compagnon (Eric Caravaca) de l’infirmière décroche un gros contrat. L’infirmière au visage marmoréen comme la Vierge des douleurs de Germain Pilon à l’église Saint-Paul-Saint-Louis dans le quartier du Marais à Paris s’accroche à la fatigue d’un homme qu’elle voudrait élever comme un enfant.

La douleur filmée par ces deux jeunes cinéastes dont l’une a joué dans le dernier film de Rohmer est celle de la manière dont chacun recompose ses liens sociaux à l’époque de la mondialisation pour tous, où les parents peuvent mourir à plusieurs milliers de kilomètres de leurs enfants. Michel Bouquet joue à merveille son rôle de misanthrope qui lui a donné quelques grands rôles au cinéma pour Truffaut (La sirène du Mississippi et La mariée était en noir) ou dans Toto le héros, ainsi qu’au théâtre où j’ai gardé le souvenir poignant d’une saisissante interprétation dans la pièce anglaise A torts et à raisons du chef d’orchestre allemand Fürtwangler accusé de compromission avec le nazisme, alors qu’il considérait que l’art ne devait pas faire de compromis avec la politique, avec le talent incomparable du comédien pour soulever la vie par-delà le bien et le mal.

Les cinéastes cadrent la réconciliation de ces deux paumés avec la vie et son nécessaire corollaire au bout du chemin filmé dans le glacier des Diablerets au coeur des Alpes suisses. La lettre adressée d’Amérique à Rose éteint la peur comme celle qui me fut adressée pour me dire que j’écrivais le meilleur blog francophone, où l’on se retrouve étrangement plus reconnu en Amérique et en Grande-Bretagne qu’en France. Le sourire de Michel Bouquet évoque la citation de l’écrivain italien Claudio Magris à la fin de Danube exprimant le désir de partir un jour en accord avec le flux du monde : “Fa che la morte mia, Signor, la sia como l’score de un fiume in t’el mar grando”, “Fais, ô Seigneur, que j’entre dans la mort comme le fleuve se jette à la mer”. O Tendresse.

La petite chambre est distribué aux Etats-Unis par Cinema Libre Studio au mois de décembre aux Etats-Unis.

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