Timbuktu de Abderrahmane Sissako : épiphanie d’un visage

C’est bien entendu pour la petite Toya et son père qu’il faut voir Timbuktu plus que pour son programme de description de la barbarie islamiste. La comédie est finalement le meilleur support pour la bêtise des conquérants de la ville de grande culture malienne où est censé se dérouler le film tourné en Mauritanie, patrie du cinéaste. Les interdictions multiples et désormais bien connues (de jouer de la musique, de fumer, d’avoir des relations sexuelles hors mariage…) donnent lieu à un cirque absurde où chaque interdiction se heurte à la diversité du réel (chanter les louanges du prophète, imposer pour un djihadiste à une femme de “l’épouser”).

Le tendre Abderrahmane Sissako filme mieux un père touareg amoureux de sa femme et de sa fille, persuadé de vivre à l’écart du mouvement du monde. L’homme perd son sang-froid lorsqu’un pêcheur abat une génisse qui s’empêtre dans ses filets et ouvre la porte au malheur. Cette histoire est beaucoup plus émouvante que celle d’un couple non marié lapidé sans que le cinéaste n’apporte la moindre scène permettant de saisir ce qui leur est arrivé.

Le plaisir vient surtout du cadre rigoureux et de l’image lumineuse du grand chef-opérateur Sofian El Fani (Vénus noire, La vie d’Adèle) attaché à faire résonner les personnages avec les paysages désertiques et les maisons en terre de la ville. La manière dont il suit le visage de la petite héroïne du film est beaucoup plus violente par sa disparition qui soulève l’idée effrayante d’un monde sans visage doux que celle des mauvais acteurs qui seront toujours en-deçà de la réalité de l’horreur islamiste.

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