5e Prix Cinéma dans la Lune : Glazer, Mundruczo, Teguia, Farahani, Coltrane…

Le jury du site qui célèbre les nouvelles utopies esthétiques, poétiques et politiques du cinéma s’est réuni cette nuit pour attribuer les récompenses du 5e prix Cinéma dans la Lune :

Prix dans la Lune : Under the skin de Jonathan Glazer. Eloge de la vulve enchantée de Scarlett Johannson en extra-terrestre chargée de coloniser les mâles, découvrant qu’elle ne se contente pas de l’organe masculin et que l’amour se joue par-delà la jouissance phallique. Où l’homme apprend à se recueillir devant ce mystère plus puissant que celui des temples de la modernité (centre commercial, boîte de nuit, télévision…).

Prix de la meilleure mise en scène : White God de Kornel Mundruczó. Le bijou du romantisme avec Prague, Budapest, envahi par une meute de chiens révoltés par la tyrannie de leurs gardiens chargés par le gouvernement de traquer les bâtards. La Rhapsodie hongroise de Liszt et la musique d’Ashel Goldschmidt enveloppent les rêves d’une adolescente et les peurs de l’occident capturés par la mise en scène de Mundruczo.

Prix du meilleur documentaire : Révolution Zendj de Tariq Teguia. Tournage sur les rives méditerranéennes de la quête un peu vaine d’un journaliste algérien portant le nom d’un sage marocain, fasciné par le peuple Zendj révolté contre ses exploiteurs les Abbassides au IXe siècle de notre ère. Son destin se transforme par la rencontre d’une belle Palestinienne réfugiée en Grèce qui porte le rêve de la “présence des loups” chère à Marker. Teguia capte les prémisses d’un célèbre Printemps et ouvre le cadre à la colère des humiliés en souvenir du beau film de Farouk Beloufa.

Prix de la meilleure comédienne : Golshifteh Farahani pour My Sweet Pepper Land de Hiner Saleem. “Vous êtes pires que les soldats de Saddam” dit la belle Govend à ses frères qui voudraient attacher la jeune femme à la maison. Dans ce western kurde à la frontière de l’Irak et de la Turquie, Hiner Saleem offre un très beau rôle d’institutrice et de femme libre à Golshifteh Farahani, l’une de plus émouvantes comédiennes du cinéma contemporain.

Prix du meilleur comédien : Ellar Coltrane pour Boyhood de Richard Linklater. A l’heure où tout un pan du cinéma contemporain est focalisé sur l’être (gaulois, de gauche, chrétien, etc.), Linklater a filmé de 2002 à 2013 un garçon poupon solitaire et maladroit devenir un adolescent boutonneux, un rebelle à mèche qui roule des pelles puis un jeune homme à la recherche du contraire de l’être, l’avenir.

Prix du meilleur premier film : Les combattants de Thomas Cailley. Un air de mes frères Coen dans ce premier film qui porte l’histoire d’amour foutraque entre un artisan du bois et une petite bourgeoise tête à claque. Le cinéaste s’offre une ambiance de fin du monde avant de stabiliser son film sur le grand péché du cinéma français, la réalité.

Prix du meilleur scénario : Yi’nan Dao pour son film Black Coal. Epopée des prolétaires chinois à l’écart du fantasme d’enrichissement accessible à tous. Des morceaux de corps qui apparaissent dans une usine de charbon mènent vers des suspects qui commettent un carnage. Quelques années plus tard, un policier à la dérive reprend l’enquête qui mène vers la belle employée d’un pressing jusqu’au “feu d’artifice en plein jour” (titre du film en mandarin) qui clôt le film. Clins d’oeil à Orson Welles, Truffaut et Scorsese de ce grand film noir.

Prix de la meilleure image : André Turpin pour Mommy de Xavier Dolan. Image à la taille d’un écran de téléphone intelligent pour capter le narcissisme ambiant et la douleur d’une mère dépassée par la maladie de son fils et l’automne de sa vie. Le chef opérateur caresse l’élément le plus lointain du monde contemporain, la peau.

Prix du meilleur son : Johnny Burn pour Under the skin. Une bande son aussi belle qu’un album de musique parfaitement mixé pour ce film quasiment muet : bruit de pas de l’homme contemporain qui ne va nulle part, bruit de mer, de bouche, de succion… A écouter comme un enfant qui rapproche un coquillage de son oreille.

Prix des meilleurs costumes : Anaïs Romand pour Saint-Laurent de Bonello. En raison du refus de Pierre Bergé de prêter les costumes à l’équipe du film, la costumière de Bonello s’est transcendée pour réinventer les inventions qui ont transformé l’habit des femmes de 20 à 40 ans des années 70 : tailleur pantalon à poche, exposition et mise en valeur de la poitrine, compositions contemporaines inspirées de Mondrian et Matisse, influence des couleurs et costumes du Maroc pour sa collection que le couturier considérait comme son seul geste d’artiste. Où la toile devient tissu.

Prix des meilleurs décors : Colombe Raby pour Tom à la ferme de Xavier Dolan. Le cinéaste ouvre le film sur un plan d’hélicoptère qui capture la frontière entre la mer et les terres agricoles québécoises jusqu’à la ferme où se déroulera ce drame en huis-clos de l’homophobie contemporaine.

Prix de la meilleure musique : Mica Levi dite Micachu pour Under the skin. Voix, cordes à la manière de Steve Reich et percussions pour le battement de coeur d’une extra-terrestre dressée à la séduction des mâles qui découvre la tendresse et le pouvoir de son sexe. Tentative d’union du son du cosmos et de l’origine du monde.

Prix du meilleur court-métrage : Parking de Salma Cheddadi et Florent Meng. Héroïsme du métissage entre une chrétienne et un musulman sur un parking de la périphérie de Beyrouth entre mer et terre, villas méditerranéennes et chantiers interminables, dans un pays où l’union entre personnes de confession différente est interdite. Appel de l’amour de la jeune femme, désir de sein et d’exil du jeune homme qu’elle n’offre qu’au compte-goutte pour tenir son désir. Utopie du couple dans un monde où “le désert croît” (Nietzsche), improbable union de la folle et de l’idiot où le désir de partenaire et de maternité atténue la prolétarisation de l’homme contemporain.

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