White God de Kornel Mundruczo : la grande peur

Le grand film de Kornel Mundruczo comme une métaphore de la “chiasse au cul” racontée par Louis-Ferdinand Céline lorsque ses congénères furent chassés par les Alliés, suit la formation d’une bande de chiens errants menée par l’animal domestique d’une adolescente égarée entre ses parents divorcés.

Le plaisir de voir les rives du Danube et les rues de Budapest superbement photographiées par Marcell Rév se conjugue avec la puissance du récit d’anticipation qui transpose les Oiseaux de Rebecca du Maurier et Hitchcock dans le monde des extrêmes droites européennes, dont la Hongroise est l’une des plus visibles et des mieux organisées, votre serviteur ayant assisté terrifié au salut nazi devant un touriste chinois à quelques mètres du Parlement hongrois.

White god part donc de la tristesse d’une ado collée à son chien pour éviter de se noyer entre son père débordé, son prof de musique autoritaire et le beau pianiste du Conservatoire qui embouche une plus grande qu’elle. Son histoire croise celle de l’abandon de son chien transformé en bête de combat par un tsigane avant de prendre la tête des chiens de fourrière partis à l’assaut de la capitale hongroise. Le cinéaste suit son adolescente comme Lewis Carroll la petite Alice pour capter la naissance des pouvoirs d’une très jeune femme confrontée à un monde absurde obsédé par l’idée de perpétrer la race (les habitants qui hébergent des chiens bâtards doivent payer une amende). Les plans les plus forts du film suivent la meute transformant les rives du Danube vidées de ses habitants en scènes de pure terreur portées par la musique symphonique d’Asher Goldschmidt. La répétition puis l’interprétation de la Rhapsodie hongroise de Liszt servent de fil conducteur à cet hymne à la lutte contre l’asservissement par la puissance de l’art et de l’esprit de résistance. O splendeur !

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