Gone Girl de David Fincher : de la morbidité conjugale et cinématographique

Le cinéaste de la transformation de frustrations sexuelles en constructions morbides (un tueur en série décapite la femme inaccessible du policier qui le poursuit dans Seven, la castration à l’œuvre dans la civilisation produit des tueurs en série qui répondent au fantasme de leur époque (un noir, un intellectuel pervers, un homme normal…) dans Zodiac, un génie de l’informatique invente le plus grand réseau social du monde après avoir été quitté par sa copine dans The social Network, un Suédois d’extrême-droite trucide de jeunes femmes pour se consoler de ne plus toucher sa sœur à laquelle sa race le promettait dans Millenium…) poursuit son charcutage de la mythologie de l’amour pour tous en adaptant le best-seller Les apparences à son univers noir et métallique.

Le portrait du délitement du couple formé par nos héros est conforme aux séries qui font la fortune de la presse féminine : léthargie de la vie de province, discord entre le goût de Monsieur pour son organe et ses sublimations et le besoin de parler et le rêve d’enfant de Madame, empoisonnement de la vie conjugale par les névroses en suspens de chacun (écrivain raté pour lui, muse des livres pour enfant ayant fait la fortune et par héritage la sienne pour elle).

Gone girl présente l’avantage de retourner le schéma viril du tueur en série pour dresser le portrait d’une perverse bien organisée pour briser son époux. Après, on se prend à se bercer du souvenir des films de Hitchcock qui capturait en une image la vaine tentative des hommes d’échapper au jeu des femmes pour les transformer en mari-enfant. L’ouvrage laisse le sentiment de renoncer au cinéma pour offrir comme le roman une galerie interminable de twist (retournement de situation) qui peine à combler le vide de la mise en scène et une excellente comédienne en Rosamund Pike qui peine à cacher la fragilité du jeu de son Endive Warhol de compagnon. Tout du jeu du désir et de l’amour devient sale et morbide sauf Petite sœur (qui affirme au héros que « Maman aurait tout arrangé ») dans un film qui rejoint la liste tragique des films aussi conservateurs que l’univers qu’il dénonce.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *