Garry Winogrand au Jeu de Paume : le coup d’éclat permanent

L’oeil du photographe américain Garry Winogrand a suivi toute sa vie son obsession pour cet élément majeur de la vie contemporaine qu’est le coup d’éclat permanent. Les passants des villes de New York, Los Angeles ou Fort Worth au Texas lui ont offert un portrait de l’Amérique des années 50 au début des années 80 marqué par la manière dont les corps se sont mis en scène de manière très individualiste pour délivrer de manière consciente ou non un message politique, économique ou social sur leur tribu d’appartenance.

L’ironie est de mise dans le regard du photographe qui a selon Robert Cowley capté ” le vide et la folie omniprésente, mais aussi la vitalité d’une si grande partie de la vie américaine”. Garry Winogrand (1928-1984) capture les baisers furtifs des soldats prêts à décoller pour le Vietnam alors que leur fiancée regarde ailleurs, l’éclat de rire des belles femmes riches ou modestes offrant leur portrait vivant au regard des passants, la béatitude hargneuse des politiques en campagne permanente, le regard méprisant des passants sur ceux qui ne font pas partie de leur tribu, le ravissement des tribus de femmes enivrées, de noirs en goguette sur les modernes autoroutes de la frime, de foules rendues imbéciles par la proximité d’une star…

La maladie a finalement eu raison de ce photographe disparu avant d’avoir développé plusieurs milliers de photographies dont certaines sont exposées pour la première fois au Jeu de Paume. L’émotion est vive face à certains clichés comme celui de cette Californienne chaussures à talons en main entre une voiture et un panneau de circulation métaphore de l’infinité dérisoire des possibles ouverts dans le monde contemporain puisque le théâtre du monde se joue dans la rue et notre manière d’y occuper l’espace.

Garry Winogrand au Jeu de Paume, jusqu’au 8 février 2015

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