Mommy de Xavier Dolan : l’appel de la mère

Le cinéaste québécois prodige rend hommage au poids considérable de la mère dans la civilisation qui peine à offrir des valeurs plus puissantes, entre la performance, le divertissement et la liberté d’expression, que l’amour de “la préposée à la présence et aux soins” (Colette Soler).

Avant de tourner son prochain opus avec Jessica Chastain aux Etats-Unis, l’épisode québécois de l’ambitieux cinéaste est bouclé par le retour d’Anne Dorval, mère haïe dans son premier film J’ai tué ma mère, en mère trop aimée par un fils victime de sévères troubles du comportement et de l’affection. C’est donc un couple de femmes fortes, la mère et sa voisine inconsolable de la perte d’un fils, qui va tenter de s’occuper de l’insupportable gamin provocateur, colérique et raciste.

Xavier Dolan utilise le format inédit de 1/1, aussi haut que large, pour cadrer les visages selon un cadre proche de celui des téléphones intelligents et teinter de mélancolie le narcissisme ambiant. Le maniérisme a toujours la part belle dans son cinéma qui n’a pas peur du kitsch des velours et du “trésor national” québécois Céline Dion. Le cinéastes s’offre des audaces incroyables comme étirer son cadre par un mouvement du bras du héros avant de le rétrécir devant la détresse de la mère.

L’intrigue est portée par un vague débat sur les dispositifs d’enfermement des jeunes turbulents qui intéresse moins le cinéaste que le geste de l’héroïne aimante et souffrante, tendre et vulgaire. Le spectateur a surtout l’impression de ne pas avoir vu mère plus mangeuse de cadre depuis Anne Magnani dans Mamma Roma : “les sceptiques seront confondus” lance l’héroïne aux assistantes sociales et aux bouffeurs d’espoir au début du film. La chute du film compte moins que le ventre de l’héroïne. O Mamans puissantes et en puissance.

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *