Rencontres d’Arles Photographie 2014 : Mazaccio et Drowilal, le monde où l’on n’y touche

Le passager du XXIe siècle étant condamné à n’y pas toucher, à rêver d’une célébrité inaccessible et précaire, de corps fantasmés forcément inaccessibles à moins de rappeler qu’ils vont à la selle comme tout le monde, d’une richesse qui ne serait acceptable qu’à condition d’être bercée de générosité, il fallait l’expression artistique de ce désordre contemporain, que deux photographes contemporains lauréats d’une résidence au musée Nicéphore Niepce tentent de saisir dans leur œuvre faite de collages qui mêlent rouleaux de Sopalin, extraits de magazines people, photos volées sur internet, cadres ridicules de chiens de compétition dans des décors exotiques…

Elise Mazac et Robert Drowilal de leurs vrais noms, nés respectivement en 1986 et 1988, résidants de Villefranche-de-Rouergue, prennent selon leur dire « des images qu’ils aiment et qu’ils détestent » prises dans un “tsunami d’images vulgaires” : « ils collectent des objets, des figures, tout un bestiaire du sauvage issu de notre société de consommation, des histoires simples qui remettent en cause l’ordre établi des images et leur hiérarchie. »

La série Paparazzis mêle des images de VIP issus de la presse people, réunis dans une mise en scène ridicule en train de jouer au golf, de chevaucher une moto, de promener leur grossesse droit devant ou, comble de la vulgarité-cool de notre modernité, de faire un doigt (Ben Affleck, Rihanna, Seth Rogen…).

Une autre série d’images représente la quintessence de cette nature de l’homme moderne de n’y pas toucher. Un doigt de femme l’ongle verni est saisi dans l’action d’effleurer plutôt que d’empoigner ou caresser : mettre du vernis sur un autre ongle, appuyer sur le déclencheur d’un appareil photo, toucher l’image d’une femme nue sur internet, appuyer sur le déclencheur d’un grille-pain…

Le ridicule est toujours à portée de déclencheur de ces deux provocateurs qui ont l’air de s’amuser comme des fous à en croire l’hilarant portrait que leur a consacrés François Goizé, et qui ne sont pas du goût de tout le monde à en croire le regard un peu gêné de certains visiteurs du Cloître Saint-Trophime où sont exposées les produits de leur orgie visuelle. Mazaccio et Drowilal croisent le champagne dont s’aspergent les champions de Formule 1 avec l’extase des Miss au moment où elles deviennent France, Monde, Univers… nouvelle variation sur le substitut de sperme d’une civilisation de l’orgasme permanent par procuration. Le grand éclat de rire salvateur pour rappeler l’homme à sa condition de trou a trouvé de fins héritiers en cette paire de joyeux fixeurs de la désincarnation du monde.

Rencontres d’Arles Photographie, jusqu’au 21 septembre 2014

Portrait de Mazaccio et Drowilal par François Goizé

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