Jimmy’s Hall de Ken Loach : Promesse de soleil levant

L’homme assis derrière moi il y a quelques jours dans une célèbre institution culturelle parisienne expliquait à ses amis qu’il était en train d’acheter un appartement pour 1,4 million d’euros lorsqu’une délégation représentant les intermittents du spectacle est intervenue sur scène. Il a alors interrompu la présentation des aménagements prévus de son futur appartement pour pester contre l’intervention de la direction du spectacle et du danseur Dominique Mercy qui dérangeaient manifestement son confort bourgeois.

Cette abjection qui fera honte à l’avenir est au coeur du dernier film de Ken Loach. Jimmy Gralton, immigré irlandais de retour forcé au pays par la crise de 1929, est accusé de débaucher la jeunesse par l’ouverture d’un salon de danse et d’éducation qui gêne l’Eglise et les notables des environs de Cork. Il est par ailleurs remarquable que l’une des premières mesures du maire d’un arrondissement FN de Marseille consiste à supprimer les subventions aux centres sociaux, conformément à la longue tradition de l’extrême droite d’enfoncer les plus pauvres.

Face à cela, à tout cela, un colt, promesse de soleil levant” promettait René Char à l’occupant. Ken Loach choisit la métaphore pour exprimer sa colère face à l’accroissement des inégalités. Le trublion Gralton aime les jolies filles, le jazz et les enfants qui sourient. Le trait est un peu forcé comme les derniers films de Ken Loach où l’activisme a pris le pas sur la narration et la mise en scène. Les scènes de danse irlandaise sont émouvantes, mais elles peinent à atteindre la puissance des cornemuses écossaises de Je sais où je vais de Michael Powell et Emeric Pressburger ou même la joie de la scène de danse dans les coursives de Titanic.

On peut préférer d’autres voies pour exprimer la douleur du monde, comme le cri du curé homme d’honneur et de colère de Raining Stones, chef d’oeuvre de Ken Loach. Et comme mon frère qui filmait les concerts du Hellfest de Clisson me transmet une carte postale vidéo avec Slayer déchaîné sur le sens de la barbarie dans Angel of death, je transmets.


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