Salma Cheddadi au Festival Côté Court : la femme, appelante de l’amour

Dans Der See (le lac) auquel on ajoute le pronom personnel anglais féminin pour composer der Seher, le visionnaire ou le prophète, Salma Cheddadi donne à son film la forme des trois bons délires (divination, rite expiatoire, poésie) causés par l’amour que Socrate apposait à Phèdre qui préférait tenir à l’écart les amoureux sous prétexte de leur délire, dans le dialogue qui porte son nom. Le film met l’un des plus grands livres de langue allemande du XXe siècle, L’interprétation des rêves de Freud, dans le sens de l’ab-sens pour composer le collage du cauchemar de Jana Jacob, muse de la cinéaste, qui raconte le rêve qu’elle fit de la mort de son amie au bord d’un lac avant de la retrouver vivante, avec la célébration de l’éveil du printemps par l’appel de la nature, des corps et de la poésie de Rainer Maria Rilke.

Le Festival Côté Court offrant une rétrospective de l’œuvre de la cinéaste, qui a fait de l’axe Casablanca-Paris-Berlin l’un des plus féconds du cinéma contemporain, nous pourrons y voir des jeunes femmes mangeant des bouches pour célébrer les lèvres à l’origine du monde (Moods), la même Jana Jacob célébrant le phallus du père absent qui touche à condition de s’en servir (Hallo Papi) ou une jeune islandaise faisant l’amour aux esprits dans un monde où les femmes peuvent se passer des hommes pour leurs enfants et leur bon plaisir (Sweet viking).

D’une civilisation qui est le moins mortelle que nature le permet à condition de la rabattre aux Messieurs (« elle est à moy, je la couperay » chantent les nounous du viril Gargantua de Rabelais), Salma Cheddadi filme la femme « appelante de l’amour », pour « donner un partenaire, humain ou divin, au réel » (Colette Soler), amour qui de ne cesser de transformer du réel (cauchemar, désir, pulsion…) en symbolique (œuvre d’art, déclaration, message crypté des amants…) n’est pas plus impossible que la présence de l’homme sur terre.

Salma Cheddadi au Festival Côté Court

Festival Côté court de Pantin, du 11 au 21 juin 2014

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