10 ans du Jeu de Paume : Oscar Munoz ou l’image entre deux morts

L’importance du photographe colombien Oscar Munoz, né en 1951, se mesure à la diversité des supports utilisés (rideaux de douche, sucres imbibés de café, plexiglas, charbon, miroirs et graisse…) pour traiter du même sujet : capturer le moment où l’image se situe entre deux morts, la mort naturelle et la mort assumée ou “être pour la mort” pour reprendre le concept du philosophe Martin Heidegger.

Il faut le souffle du spectateur pour faire apparaître le visage de visages photographiés reproduits à la graisse sur des miroirs (Aliento, Souffle, 1995). Cette oeuvre la plus radicale et émouvante est l’une des dernières du parcours d’une oeuvre totalement dédiée à la mise en valeur des images oubliées avant leur disparition avec ses clichés de photographes des rues de Cali en Colombie réunis pour dresser un portrait de la ville ou l’impression du visage de l’artiste sur l’eau dans Narcisos qui capture selon les commissaires de l’exposition, les “allégories du passage de l’individu dans la vie : “la création lorsque la poussière de charbon touche la surface de l’eau, les changements qui se produisent durant l’évaporation, et la mort au moment où la poudre se dépose enfin sèche au fond du bac de plexiglas“.

En 2004, les clichés des passants anonymes de Cali sont projetés sur les flots du Pont (El Puente) de la ville où ils ont été pris plusieurs décennies plus tôt. L’oeuvre d’Oscar Munoz est une réflexion sur la sédimentation ou le dépôt de la vie de tout individu dans le flux du temps. Il capture le moment où, pour reprendre le propos de Lacan à propos de l’Antigone de Sophocle, “la vie n’est abordable que de cette limite où nous avons déjà perdu la vie”. C’est une éthique du temps qui résonne en chaque individu : quelle histoire composer au-delà de la mort naturelle ?

Oscar Munoz au Jeu de Paume, jusqu’au 21 septembre 2014

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