10 ans du Jeu de Paume : Kati Horna, la “photographe des oeufs”

C’est ainsi qu’on la présentait à Paris où elle avait fui l’Allemagne nazie en 1933 : la photographe des oeufs, qui pour “ne pas mourir de faim”, avait eu l’idée “d’être la première à faire des choses, pas avec des figurines, mais des petites histoires avec des oeufs, et c’est ce dessinateur magnifique (Wolfgang Burger) qui s’est suicidé par la suite qui me faisait les visages… La première était l’histoire sentimentale d’une carotte et d’une pomme de terre, la carotte déclare son amour à la pomme de terre, il faisait toujours les visages et moi les cadres des scènes.”

Citoyenne du monde, Kati Horna (1912-2000) fait partie de la grande génération de photographes hongrois (Kertész, Robert Capa, Brassaï…) qui fuit le pays pour l’Allemagne, puis la France, l’Espagne républicaine et le Mexique où elle passa le reste de sa vie, d’abord comme photographe surréaliste et de presse, avant de se consacrer uniquement à la pédagogie à partir de 1964.

L’humour et la tendresse sont omniprésents dans son travail qui croise celui de la photographie surréaliste et du réalisme de Cartier-Bresson dont elle croisa le parcours en Espagne. Elle laisse l’héroïsme à Capa et se concentre sur les victimes du franquisme jusqu’à faire le photomontage du cimetière bombardé de San Isidro et du Christ déclarant qu’il n’était “plus à présent le symbole de la souffrance”.

Elle fuit avec son mari l’Espagne franquiste puis la France pour se réfugier à Mexico où elle fréquente d’autres réfugiés comme la surréaliste Remedios Varo et son second époux Benjamin Péret, né à Rezé, c’est dire son importance. Elle se consacre alors à la chronique sociale et réaliste en capturant la vie dans les asiles psychiatriques et les fêtes populaires. Elle poursuit ses expérimentations surréalistes avec la revue S.NOB qui lui offrit son plus grand bonheur artistique, qui s’épanouit notamment dans la série Ode à la nécrophilie.
Le talent de Kati Horna se mesure dans les surimpressions et les photomontages réalisés en Espagne, l’attachement à la vie des femmes et des enfants victimes de la guerre et la vie des réfugiés à Mexico. Son désir de maternité assouvi au Mexique par sa fille qui gère son fonds marque toute son oeuvre. Ricaneront ceux qui oublient trop vite que le désir d’amour cause moins de morts que la jouissance phallique à répétition. La morale de la photographie de Kati Horna, c’est bien sûr que des oeufs de ceux que nous chérissons, comme disait Woody Allen, nous en aurons toujours besoin.

Kati Horna au Jeu de Paume, jusqu’au 21 septembre 2014

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