Tom à la ferme de Xavier Dolan : dans le maëlstrom de la haine


Le visage le plus impressionnant du nouveau film de Xavier Dolan, le 5e long-métrage du cinéaste de 25 ans, est celui de la haine, sous le masque de la beauté, de la force et de la (presque) bonne foi du frère paysan (Pierre-Yves Cardinal) du jeune Guillaume que son compagnon Tom (Xavier Dolan lui-même) vient enterrer dans un petit village du Québec. Le personnage hissé à la complexité du Norman Bates de Psychose, fait régner un climat de pure terreur autour de sa ferme où il est prêt à tout pour que sa mère n’apprenne pas la vérité sur l’homosexualité de ses fils.

Tom à la ferme est un polar effrayant sur le visage contemporain de la haine pour la jouissance de l’Autre, et la manière dont comme dans Rhinocéros de Ionesco son beau discours insuffle les âmes de ceux que l’on croit le mieux armé pour lui résister. Tom s’enfonce après avoir à peine résisté à la fascination pour cette brute de fermier qui prend la place du frère disparu. Seule la “chargée de photocopies” de la société de publicité où travaillaient Tom et Guillaume, appelée à la rescousse pour jouer le rôle de “la blonde du fils” vis-à-vis de la mère, semble à même de tirer le héros de sa léthargie.

Xavier Dolan confirme sa maîtrise du cadre avec ses plans d’hélicoptère sur les routes de la campagne québécoise, ses travellings dans d’inquiétants champs de maïs et ses gros plans sur la misère et le panache de la comédie humaine. On imagine un tel courage cinématographique dans les villes françaises où la haine béate ronge les coeurs.

PS : le sixième long-métrage de Xavier Dolan, Mommy, est annoncé en compétition à Cannes en 2014.

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