Aimer, boire et chanter d’Alain Resnais : la fille de Nevers aimera toujours un Allemand et un Japonais

Il faudra effectivement attendre qu’Alain Resnais devienne metteur en scène de long métrage pour voir enfin des films “de gauche” bons et beaux” écrivait le critique de cinéma François Truffaut en juillet 1958, près d’un an avant la sortie d’Hiroshima mon amour, plus grand film du cinéaste récemment disparu, dont la valse des adieux sort aujourd’hui lauréat de l’Ours d’argent au Festival de Berlin.

On mesure l’importance d’un artiste à la vie que poursuit son oeuvre sans lui et pour Alain Resnais au poids de ses premiers films dans l’histoire du cinéma, Les statues meurent aussi dénonciateur de la violence du colonialisme avec Chris Marker, Nuit et brouillard de l’entreprise d’extermination des juifs, tsiganes, résistants… d’Europe dans les camps nazis, Hiroshima mon amour de la violence du nucléaire à même de tuer chaque être humain simultanément.

Les quatre cents coups durent plus ou moins longtemps et il importe peu de savoir si le cinéma doit être de gauche ou non : un artiste dévoile un visage, un aspect, une pratique imperceptible jusqu’à son geste. Il faut attendre le peu démocrate Stendhal pour découvrir dans la littérature, selon Simone de Beauvoir, des personnages de femmes en chair et en os. Il faudra le très conservateur Soljenitsyne pour révéler le visage effrayant du goulag en France.

Alain Resnais a poursuivi ses explorations formelles sur les sujets plus sages de la circulation des désirs dans le couple bourgeois occidental, en atteignant un sommet avec Les herbes folles. Il réunit pour Aimer, boire et chanter quelques comédiens exceptionnels (le plaisir de voir et d’entendre Michel Vuillermoz et Caroline Silhol) pour cette version contemporaine d’A letter to three wives de Mankiewicz, où trois hommes assez pleutres se demandent avec laquelle de leur femme partira leur ami Georges, le plus libre d’entre eux.

Le regret est seulement de ne plus retrouver dans ce cinéma sinon la colère, puisqu’on a le droit de vieillir intranquille mais avec un certain confort, du moins la curiosité des débuts pour l’autre ethnie, l’autre classe sociale, l’autre nationalité…, et que ce regret soit malheureusement aussi fréquent dans le cinéma français où la question de l’autre dépasse trop rarement l’argument publicitaire. Film rêvé d’un pays apaisé : Sétif, mon amour.

One thought on “Aimer, boire et chanter d’Alain Resnais : la fille de Nevers aimera toujours un Allemand et un Japonais

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