Her de Spike Jonze : la jouissance hors sexe de l’amour

Le beau film de Spike Jonze est d’abord un magnifique portrait du comédien Joaquin Phoenix grimé en Groucho Marx pour interpréter un homme seul, perdu dans les couloirs de la ville nouvelle de Los Angeles, préoccupé par les deux sujets qui touchent le plus nos contemporains à en croire la psychanalyste Colette Soler : la précarité du couple et la solitude.

Chargé de composer des lettres manuscrites si romantiques dans le monde du tout digital, Theodore Twombly crève de solitude entre ses jeux vidéos et des excitations pornographiques minables au point d’acheter une intelligence artificielle dont la voix suave est interprétée par Scarlett Johansson. Il tombe amoureux du programme et traîne son couple virtuel d’amitiés (notamment avec son collègue de travail interprété par l’excellent Chris Patt, le Justin à la tête de l’assaut dans Zero Dark Thirty) en promenades à la montagne, jusqu’à la première dispute virtuelle de l’idiot et de la robote, destination fatale d’un amour fondé sur la simple contemplation de soi dans le miroir du songe de Paul Verlaine qui rêvait d’une “femme inconnue qui n’est chaque fois, ni tout à fait la même, Ni tout à fait une autre, et (l)’aime et (l)e comprend…” Son regard est pareil au regard des statues./ Et pour sa voix, lointaine, calme, et grave, elle a /L’inflexion des voix chères qui se sont tues”.

Il importe peu de savoir quand une intelligence artificielle et des robots aussi perfectionnés que ceux envisagés par le film verront le jour. L’intelligence du cinéaste est de minimiser le recours aux effets spéciaux pour aller dans le sens de la miniaturisation des objets numériques. Théodore porte sa compagne dans sa poche comme un gadget de plus dans un monde acharné à transformer tout désir en objet de production.

Bien évidemment, notre héros s’aperçoit bien rapidement qu’une intelligence artificielle sans corps, tout en lui évitant les effets subjectifs de toute histoire de couple et l’abîme entre les flammes du discours amoureux et l’appréhension de la réalité, ne comble pas tous ses désirs, bien au-delà des seuls désirs sexuels. Il jouit bien sûr le Théodore, de mots d’amour qu’il compose pour ses clients en mots d’amour pour sa créature virtuelle, jusqu’à toquer à la porte de la girl next door qui rêve de couple avec lui. C’est sans doute la limite du film de préférer la morale au retournement de la machine contre l’homme qui offre les meilleures oeuvres de science-fiction (2001, Blade Runner, Robocop, Gravity…). Spike Jonze tenait pourtant un grand film sur la manière dont l’orgasme n’épuise pas la jouissance qui se poursuit de parler d’amour en sublimation du désir.

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