Robert Adams au Jeu de Paume : le repli du spectacle

Robert Adams consacre toute son oeuvre depuis cinquante ans au repli du spectacle américain et plus généralement occidental, pour reprendre l’expression d’un poème d’Emily Dickinson, très admirée par le photographe qui place aussi le peintre Edward Hopper parmi ses sources d’inspiration majeures : “J’ai vu un ciel, telle une Tente – Rouler ses Toiles éclatantes – Oter ses poteaux, et disparaître – Sans bruit de Planches/ Ni de clous Arrachés – Ni Charpentier – Rien que ces lieues de Béance – Qui marquent en Amérique du Nord – Le Repli d’un spectacle”.

Robert Adams saisit les vestiges des pionniers de l’Amérique comme les voyageurs européens ébahis devant les ruines de Pompéi ou d’Angkor : “Le sud de la Californie était une région magnifique : des chênes vigoureux sur les collines, des vergers dans les vallées et le long des routes, des cyprès ornementaux, des palmiers et des eucalyptus…

Mais aujourd’hui ce qui reste des plantations d’agrumes est en grande partie à l’abandon, destiné à être abattu, et les grands eucalyptus ont souvent été vandalisés… comme ces centaines de spécimens à l’ouest de Fontana, sur lesquels on a tiré à la carabine à hauteur d’homme.” Le photographe saisit un fil de fer qui barre une plaine, un engin de chantier utilisé pour couper des arbres pluricentenaires qui seront remplacés par de jeunes pousses plus ajustables au rêve occidental de plus-value…

L’importance du photographe dont l’influence est manifeste dans le cinéma contemporain (No country for old men, Tree of life) se perçoit en parcourant les 250 tirages exposés au Jeu de Paume, où la tristesse des titres employés pour décrire les espaces sublimés par l’histoire de l’Amérique, d’où le spectacle s’est retiré (“Au sud de l’usine d’armes nucléaires de Rocky Flat”, “Ecole à classe unique abandonnée”, “chouette tuée d’un coup de fusil”…) est atténuée par le sens du cadre, l’immensité des espaces dépeuplés où le vide est comblé par la lumière, et l’exaltation du sacrement de l’art avant de se fondre dans ces paysages auxquels son oeuvre l’identifie désormais : “L’Eté repliera son miracle – Comme les Femmes – plient – leur Robe – Ou les Prêtres – rangent les Symboles – Le Sacrement – administré” (Emily Dickinson, Ce sera l’Eté – tôt ou tard).

Robert Adams au Jeu de Paume, jusqu’au 18 mai 2014

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