Nymph()maniac vol. II de La von Trieb : que vulve ?

Sur le thème qui fascine tant les hommes, des pouvoirs du sexe des femmes, Lars von Trier poursuit avec ce volume II son Nymph()maniac au moment où son héroïne Joe qui voudrait éprouver toujours plus de plaisir n’en éprouve plus du tout. Dans un épisode qui rappelle la scission freudienne entre la femme aimée et la femme désirée, l’héroïne délaisse son ami et leur enfant pour les hommes de passage. Elle poursuit sa spirale auto-destructrice au milieu des “dangerous men” en prenant goût au sadomasochisme, puis en se mettant au service d’un entrepreneur douteux (Willem Dafoe bien sûr) chargé de recouvrer des dettes avec des méthodes peu orthodoxes.

La confession d’une nymphomane se poursuit autour de digressions de plus en plus ridicules de l’analyste de l’héroïne, Seligman, ce que Joe lui fait remarquer (“c’est la digression la plus faible que vous ayez faite jusqu’à présent”). Y passent la scission entre l’église d’orient (Selon le cinéaste, le plaisir et la joie) et l’église d’occident (la tristesse et la culpabilité), la barbarie de la censure des termes mêmes racistes, et la technique sexuelle du canard muet (“que se serait-il passé s’il avait tenté le canard caquetant ?” conclut non sans humour Seligman).

L’ego expérimental idéal du cinéaste, Charlotte Gainsbourg, développe depuis trois films (Antichrist et Melancholia) son personnage de femme forte pour cette trilogie des sorcières à même de jouer à parité avec les hommes au jeu de l’éros et de la mort. Le film qui pose explicitement le droit des femmes à une jouissance sans culpabilité flanche finalement de penser la jouissance féminine selon les mêmes critères que la jouissance masculine, par la comptabilité des amant(e)s, mille et tre chantait le Don Giovanni de Mozart et Da Ponte, jusqu’au final bien cynique dont le cinéaste a le secret. Cet autoportrait déguisé de Lars von Trier rappelle finalement la critique adressée par Laura Betti à son ami Pier Paolo Pasolini à propos d’un article anti-avortement, à savoir qu’il y manquait “physiologiquement la femme”. Alors comme disait le sociologue Christian Baudelot il y a vingt ans, Allez les filles !

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *