Le vent se lève de Miyazaki : la réalité, c’est la fantaisie

“Je peux voir un petit bout de Mon voisin Totoro ?” me demande mon fils, et que voulez-vous faire, je vous y verrai vous. Preuve de la puissance du cinéaste qui tire sa révérence avec son dernier film, Le vent se lève, lequel s’ouvre avec la citation de Paul Valéry (“Le vent se lève, il faut tenter de vivre”) qui donne son titre, son refrain et son leitmotiv au film.

Nous voilà transportés dans le Japon des années 20 et sa terre mouvante comme dans l’envoutant spectacle ex-utero Plexus d’Aurélien Bory pour la danseuse Kaori Ito. Un jeune homme rêveur, Jirô Horikoshi, y grandit en inventant à défaut d’un sol stable, des avions surpuissants, “rêves auxquels les ingénieurs donnent une forme”. Il s’entoure d’hommes qui préfèrent “un monde avec pyramide à un monde sans pyramide”, quitte à mettre leur talent au service de la machine de guerre, l’ingénieur héros du film concevant l’une des plus formidables machines à tuer de l’armée japonaise durant la seconde guerre mondiale.

Miyazaki a conçu les plus extraordinaires machines à voler de notre temps depuis le Chat-Bus de Totoro, et il rivalise d’ingéniosité pour animer ses hommes-enfants enchantés par le mouvement du vent et la palpitation du monde. Un regard navré dans le cadre de notre devoir paternel sur le dernier Disney, ses héroïnes de 16 ans à poitrine de Bimbo et ses horripilantes chansons à la Céline Dion, suffit pour savoir où se range l’art et où l’imposture.

Le vent se lève n’apporte pas de bonnes nouvelles malgré son invitation aux langues étrangères et au “bon vin sur la table”. Jusqu’où l’artiste peut-il collaborer pour faire vivre son art, tel Francis Ford Coppola racontant en supplément DVD du Parrain que les artistes ont de tout temps travaillé pour ceux qui dominent le monde ? Miyazaki conseille aux générations qui n’ont jamais connu la guerre de préférer le royaume de leur fantaisie au monde qui leur apparaît, pour paraphraser Colette Soler commentant Lacan : “La réalité c’est le fantasme” implique qu’il n’y a de réalité qu’investie par la libido”. Miyazaki aura passé sa vie à créer un monde plus puissant que les marchands d’obus par sa portée universelle et ses capacités d’enchantement pour les générations prêtes à se laisser surprendre.

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