La jalousie de Philippe Garrel : la caméra-bouche

Tel Filippo Lippi dont le tempérament “vénusien” l’amenait selon son biographe à peindre les femmes qu’il ne pouvait embrasser, Philippe Garrel filme de belles femmes courageuses tenir à distance des hommes qui en bavent, dans tous les sens du terme.

Inspiré par le noir et blanc charbonneux de Willy Kurant, la plus belle voix du cinéma français depuis Jeanne Moreau, Anna Mouglalis, et une histoire de famille inspirée par l’histoire de sa dynastie qui ne nous intéresse pas beaucoup, il filme magistralement un homme qui comme tout un chacun “ne jouit que d’une partie du corps de l’Autre” (Lacan), le personnage d’Anna Mouglalis partageant comme de nombreuses femmes son corps quotidien avec l’homme qu’elle aime et son corps sublimé à l’homme qu’elle désire (amant, aimant, spectateur…).

Il croyait pourtant tout obtenir en quittant la mère de son enfant qui ouvre le film en pleur, symbole du ravage que les hommes peuvent causer aux femmes amoureuses. Il poursuit sa vie entre sa fille aimée, sa maîtresse qui s’éloigne inexorablement et sa vie de comédien fauché. Garrel nous évite même sa fin wertherienne qui clôt la majorité de ses films pour faire le choix de la vie. Il est finalement au meilleur lorsqu’il substitue à la caméra-oeil de Godard, politique et agressive, la caméra-bouche de Truffaut, sensuelle et amoureuse, embrassant les lèvres de Jeanne Moreau, les jambes de Françoise Dorléac, les seins de Catherine Deneuve et Fanny Ardant… ou le visage d’un enfant.

LA JALOUSIE – Bande-annonce VF par CoteCine

One thought on “La jalousie de Philippe Garrel : la caméra-bouche

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *