Petite blonde d’Emilie Aussel : la belle âme de la fille qui n’était pas raciste

D’un pays construit sur des modèles pervers de rejet de l’autre, où la persistance d’un racisme d’inspiration coloniale est la partie émergée de l’iceberg de la ségrégation ethnique et sociale, la cinéaste Emilie Aussel filme à Marseille une “bande de jeunes” abordée par une jolie blonde qui s’ennuie et voudrait bien tâter de leur joie de pauvres pour reprendre une métaphore de Baudelaire, dans une ville où la mer et le soleil sont les seuls éléments partagés.

Seulement voilà, la blonde se fait jeter par la brune qui la traite de “Française”, ce qui énerve ses copains qui souffrent suffisamment du racisme pour ne pas en rajouter, et qui auraient bien contemplé un peu plus les jolis yeux bleus de la fille de bobos. Emilie Aussel filme comme dans son précédent film, Do you believe in rapture ?, la tchatche comme comme une suppléance de jouissance : il s’agit de noyer son interlocuteur d’arguments, de lui tourner autour ou de le terrasser par un bon mot à défaut de lui faire l’amour.

Un garçon de la bande ramène la jeune fille qui doit se soumettre au rite initiatique du saut dans les Calanques où elle ne saisira pas la main proposée par le jeune arabe, preuve que si l’on savait depuis deux mille cinq cents ans qu’on ne se baignait jamais deux fois dans le même fleuve, on n’est même pas certain d’être dans le même bain tant que les belles âmes dont parlait Hegel agiteront leur conscience malheureuse plutôt que de saisir chaleureusement une main tendue : “(La belle âme) vit dans l’angoisse de souiller par opération et être-là la splendeur de son intérieur, et pour conserver la pureté de son coeur, elle fuit le contact de l’effectivité, et perdure dans la langueur entêtée qui lui fait renoncer à son Soi aiguisé jusqu’à l’ultime abstraction, et renoncer à se donner substantialité ou à transformer son penser en être, et à se confier à la différence absolue. L’objet creux qu’elle s’engendre, elle ne l’emplit par conséquent qu’avec la conscience de sa vacuité ; son agir est le soupirer qui, dans l’avenir de soi-même à l’objet dépourvu d’essence, ne fait que se perdre, et, retombant en soi par-delà cette perte, ne fait que se trouver comme perdu ; dans cette pureté transparente de ses moments, devenue ainsi qu’on la nomme, une belle âme malheureuse, elle s’éteint peu à peu dans soi, et s’évanouit comme une vapeur sans figure qui se dissout ans l’air”.

Petite blonde d’Emilie Aussel fait partie d’un programme de courts-métrages, Territoires, produits par le GREC et Shellac Sud, projetés dans le programme Histoires courtes de France 2 le dimanche 15 décembre.

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