Il Divo : quand la démocratie saigne

Il Divo - Toni Servillo

On regardera peut-être un jour le film italien Divo de Paolo Sorrentino comme on lit Le Prince de Machiavel : pour comprendre l’organisation du pouvoir dans la démocratie italienne de la fin du XXe et du début du XXIe siècle, comme le politologue italien racontait celle des Médicis dans la Florence du XVe siècle.

La colère d’une jeune génération de cinéastes italiens ne manque pas de ravir les amoureux de leur pays. Il est surtout passionnant de constater que le cinéma italien contemporain s’empare courageusement de sujets aussi difficiles que la collusion entre le pouvoir politique et la mafia, la participation des plus hauts dignitaires de l’Etat italien à la Loge P2 qui organisa des actions terroristes attribuées aux Brigades rouges en vue de détourner l’opinion publique des mouvements d’extrême-gauche, ou la participation probable de quelques grands hommes politiques à l’assassinat d’un journaliste, d’un chef de la gendarmerie ou de plusieurs juges.

Divo est donc la biographie de la chute de l’impunité de Giulio Andreotti, élu sept fois Président du Conseil italien de 1972 à 1992, condamné pour ses liens avec la mafia dans les années 90, puis gracié à plusieurs reprises au cours des premières années du XXIe siècle. Toni Servillo, qui prête à l’homme politique une figure de gargouille macabre, donne la mesure de son talent après avoir également interprété en 2008 un petit passeur pour la mafia napolitaine dans Gomorra, enquête sur la Camorra qui vaut à son auteur d’être menacé de mort par le milieu.

La mise en scène sans doute un peu trop appuyée présente le pouvoir comme un ballet sinistre où des beautés tentent de divertir une armée de cyniques qui justifient leurs pires méfaits par leur amour pour Dieu ou leur pays.Les lecteurs de Shakespeare savent que la fonction de chef d’Etat n’est pas une sinécure, mais Divo rappelle que si l’art n’a jamais changé le monde, un film peut tout de même révéler ce que tant d’âmes grises souhaiteraient enfouir à jamais dans l’amnésie de l’Histoire.

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