Bilan cinéma 2008 : L’autre c’est moi, confusion des genres ou éloge de la différence ?

 

Valse avec BachirGad Elmaleh me pardonnera de lui emprunter le titre de son dernier spectacle pour résumer cette année 2008 riche en cinématographies du monde, qu’il ne faudrait toutefois pas confondre avec ce qu’il est coutume d’appeler les musiques du monde, tant les styles diffèrent en fonction des auteurs, quel que soit leur pays et l’économie dans laquelle leurs films sont produits. Il semble que cette année de crise, dominée par l’enlisement des Etats-Unis en Irak et en Afghanistan, et par la plus grande crise économique en occident depuis la seconde guerre mondiale, a été dominée par la question de l’altérité, du regard porté sur autrui, dont les cinéastes ont imaginé la confusion ou les avancées.

On a vu en 2008 un robot oublié sur la terre abandonnée, éprouver des sentiments d’homme (Wall-E), un justicier ailé ne plus savoir si ses services relevaient du bien ou du mal (Batman, Le chevalier noir), une famille déchirée par les faux-semblants et les mensonges (Un conte de noël), le plus célèbre gangster français s’inventer un destin visionnaire (Mesrine, L’instinct de mort), la langue française secouée par les lycéens de toutes les origines (Entre les murs), une immigrée albanaise en Belgique s’inventer une grossesse jusqu’à la folie pour oublier ses fautes (Le silence de Lorna), ou une lycéenne en deuil faire chavirer les coeurs jusqu’à l’irréparable (La belle personne).

On a aussi vu une jeune américaine en séjour à Barcelone apprécier pareillement, sans psychologie, l’amour d’un homme et d’une femme (Vicky Christina Barcelona), le plus célèbre documentariste au monde placer sa caméra à hauteur d’homme auprès des paysans du plateau des Mille Vaches (La vie moderne), la femme d’un ministre israélien prendre la défense de sa voisine agricultrice palestinienne (Les citronniers), un monstre surnaturel faire part de ses désirs d’enfant à une héroïne humanoïde (Hellboy II), une juive et une musulmane du Maghreb s’unir pour lutter contre les préjugés dans la Tunisie de la seconde guerre mondiale (Le chant des mariées), une fille de cafetiers s’unir à la jeune fille juive de sa classe pour trouver sa place dans un collège parisien bourgeois dans les années 70 (Stella), les Français se ruer vers les cinémas pour se rappeler que la langue de Paris n’était pas celle de tout le pays (Bienvenue chez les ch’tis), la plus célèbre documentariste française ouvrir le film consacré à sa vie sur le portrait de ses techniciens (Les plages d’Agnès), ou un ancien soldat israélien de la guerre du Liban se souvenir de la responsabilité de son armée dans les massacres de camps palestiniens par les milices chrétiennes (Valse avec Bachir). Et sans être un “fanatique de la pitié”, comme disait Tonton Freud, on sait depuis Rousseau que la pitié est bien le premier mouvement qui mène de soi aux autres.

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