Jimmy P. Psychothérapie d’un Indien des Plaines d’Arnaud Desplechin : l’homme et la Vulve

C’est un homme que cet Arnaud Desplechin qui m’a donné envie de faire du cinéma d’un grand sourire à la sortie de la projection de Comment je me suis disputé ma vie sexuelle au Katorza à Nantes en 1996, un film que je n’aime pas tellement, mais qui inventait un nouveau langage cinématographique fait de scansions comme dirait Lacan qu’il admire tant, et qui culmine à ce jour avec Rois et reines et le merveilleux Conte de noël.

Il s’attaque avec la Psychothérapie d’un Indien des plaines à la vie et l’oeuvre de Georges Devereux (1908-1985), cosmopolite auteur prolifique inventeur de l’ethnopsychiatrie à la frontière de l’anthropologie et de la psychanalyse. Il découvre les Indiens d’Amérique alors qu’il fuit l’Europe infestée par le nazisme et la peur de l’autre (il est d’origine juive roumaine), et leur restera attaché jusqu’à sa mort puisqu’il demande, alors qu’il vit en France, que ses cendres soient déposées dans le cimetière Mohave de Parker en Arizona.

C’est aussi un homme obsédé par le sexe des femmes, qui par ses nombreux articles sur le mythe de Baubo, a créé le contrepoint au “besoin de pénis” dont Freud fait la base du désir féminin et de la peur masculine de la castration. Dans le mythe de Baubo, Déméter ne se consolait pas du deuil de sa fille Perséphone. Sa Servante Baubo se plaça devant elle, souleva ses jupes et exhiba sa propre vulve. Déméter se mit à rire, sortit de sa dépression, récupéra désir et envie de vivre. Aucune analyse de la sexualité ne met autant l’accent sur le lien entre le désir hétérosexuel masculin d’observer, d’embrasser, de lécher ou de pénétrer le sexe féminin, et la bonne humeur ou la joie de vivre.

C’est peut-être là le secret de la psychothérapie d’un Indien des Plaines : un intellectuel iconoclaste amoureux du peuple indien et des femmes qui réconcilie un alcoolique déraciné avec le corps et le sexe des femmes trouve un sens à sa vie.

Georges Devereux est convié dans la clinique du psychiatre Menninger en Arizona, qui hébergea de nombreux praticiens exilés d’Europe. Le film est porté par un excellent duo de comédiens : Benicio del Toro campe un hystérique condamné à l’exclusion sociale par son trauma psychique, Mathieu Amalric un intellectuel torturé rigolard et généreux, qui dissimule son identité sous une couche de protections. Sans doute le cinéaste aurait-il dû faire appel à un artiste contemporain pour les scènes de rêve comme Hitchcock l’a fait en conviant Dali pour La maison du Docteur Edwards. Cet apport aurait soulevé son film au-delà du portrait d’une grande amitié servie avec élégance par la musique d’Howard Shore, pour donner la mesure de la puissance de l’inconscient et rabattre le “claque-merde” (Francis Blanche) de ceux qui prennent leur vessie (liberté, conscience, être…) pour une lanterne.

Il est surtout impressionnant de voir le cinéaste quitter avec ce film le milieu de la bourgeoisie auquel il s’est cantonné jusqu’à présent. Il lui a été reproché lors de la sortie de Conte de noël, ce qu’il reconnaît volontiers, d’avoir fait le portrait d’une famille de bourgeois de Roubaix incapables d’accueillir l’altérité ethnique en son sein. Psychothérapie d’un Indien des plaines est finalement le portrait de deux handicapés de la vie sauvés par le désir de transformer la découverte d’une altérité radicale en raison de vivre. Psychothérapie d’un Indien des plaines est sans doute beaucoup plus violent pour le cinéaste que ses autres films, et ses admirateurs se réjouissent du champ ouvert par cette violence pour ses films à venir.

Jimmy P. (Psychothérapie d'un Indien des… par lepacte-distribution

 

La renonciation à l’identité, Georges Devereux, Petite Bibliothèque Payot

Baubo, la vulve mythique, Georges Devereux, Petite Bibliothèque Payot (la seule maison d’édition qui donne l’impression, lisant l’un de ses ouvrages, de caresser des fesses).

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