Tirez la langue (au chat) Mademoiselle d’Axelle Ropert

La langue bien pendue, la petite Alice appelle au secours les médecins frères Pizarnik au cours d’une crise de diabète. L’aîné (Cédric Kahn) a un bœuf sur la langue, le second (Laurent Stocker) l’a plutôt hors la poche. Ils accueillent la clientèle majoritairement chinoise du XIIIe arrondissement de Paris et s’amourachent de la mère de la petite, Judith (Louise Bourgoin) barmaid dans un établissement de nuit exotique où elle fait tirer la langue aux Messieurs. La confession de l’aîné tombe comme un mot au bout de la langue, celle du second, alcoolique, romantise l’événement pour combler l’inanité de sa vie (« Vous êtes la femme que j’attendais »), quand arrive comme un cheveu sur la langue le père de la petite, aux abonnés absents depuis dix ans.

Héritière d’un cinéma sociologique et humaniste orphelin depuis la mort de Claude Sautet, Axelle Ropert dessine avec tendresse le passage de deux frères porteurs de la conscience juive, inquiète et généreuse, qui a tant imprégné l’imaginaire occidental au XXe siècle, de Freud et Proust à Lévi-Strauss et Levinas en passant par Billy Wilder et Albert Cohen.

La belle déraisonne après des années de devoir vis-à-vis de sa fille, et offre les meilleures scènes du film en faisant tourner les frangins en bourrique. La cinéaste assume un parti pris esthétique un brin nostalgique (bleu les garçons, rouge la fille) contrebalancé par la générosité du propos (le médecin de quartier sauve beaucoup de gens, XXIe sera métisse…). Un brin de chair aurait soulevé le propos, car on reste amoureux, puisque c’est de cela qu’il s’agit jusqu’à la promesse finale du film, d’un appel à l’amour (bouche, langue, jambes, prénom…), comme d’un rappel de l’amour (rites, messages codés, caresses…).

Tirez la langue mademoiselle Bande-annonce par toutlecine

 

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