Alabama Monroe de Felix Van Groeningen : la jouissance du peuple

C’est un film dont de nombreuses spectatrices sortent en pleurant puisqu’il y est question d’amour bien sûr, ou d’arracher une vie à l’anonymat en l’élevant au niveau d’un rêve d’être tout, quand beaucoup d’hommes se contentent de jouir bien entourés, et d’un succès professionnel ou symbolique pour s’assurer que leur tour valait la peine.

C’est l’histoire du ravage d’un couple belge joueur néerlandophone, fan de Bluegrass, autour de la maladie de leur fille unique. Le film sort en même temps qu’un film français sur les braves gens qui a tout pour plaire à la critique, Grand central : le dévoilement du fonctionnement d’un lieu secret (une centrale nucléaire), de très grands comédiens (Rahim et Gourmet sous l’influence d’Audiard, Léa Seydoux belle et fragile à embrasser), une esthétique rigoureuse conjuguée à une éthique courageuse (dénoncer l’exploitation des sous-traitants dans les entreprises modernes).

Seulement voilà, là où Felix Van Groeningen place sa caméra au niveau de la jouissance de ses personnages, qui malgré leur douleur, rêvent tatouage, musique, dansent et chantent, se mettent à poil et font l’amour, la caméra de Rebecca Zlotowski filme des ouvriers qui passent leur temps à picoler, faire l’amour honteusement et se disputer avec les contremaîtres. Même le très gauchiste Robert Linhart présente dans L’établi les stratégies des ouvriers à la chaîne de Renault Billancourt dans les années 70 pour s’entraider et fraterniser. Car il n’y a de cinéma qu’à extraire de l’anonymat des vies contemplées jusqu’à l’épuisement de la pupille pour les élever au rang de mythe : c’est ça aussi, l’amour.


Alabama Monroe – Bande-annonce par Bodega-Films

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