Le bon, la brute et le cinglé : le western critique de la société moderne

Le Bon, la brute et le cinglé

Les meilleurs westerns sont ceux qui questionnent les fondements de la société américaine moderne, et par extension le modèle de démocratie qui s’est répandu dans le monde tout au long du XXe siècle : le monopole de la violence légitime par le shérif (La poursuite infernale) le traitement des populations autochtones par les colons (La Flèche brisée, La prisonnière du désert), l’expropriation des petits fermiers par les gros propriétaires (Johnny Guitar, Les portes du paradis), la préférence du public pour le scoop plutôt que la vérité (L’homme qui tua Liberty Valance), etc.

Le « western oriental » du cinéaste coréen Kim Jee-Woon, Le bon, la brute et le cinglé, ne déroge pas à la règle avec son histoire invraisemblable, parodie admirative des films de Sergio Leone, qui oppose trois aventuriers aux motivations diverses à la poursuite d’une carte censée révéler l’emplacement d’un mystérieux trésor. Cette production spectaculaire est aussi l’occasion de retrouver la star du cinéma coréen, Song Kang-Ho (ici le Cinglé), interprète des deux chefs-d’œuvre de Bong Joon-Ho, Memories of murder (le film qui tua le genre « tueur en série » en s’inspirant de l’histoire du premier tueur en série que connut la Corée du Sud, sur fond de transition entre la dictature et la démocratie) et The Host (la lutte d’une famille de Séoul contre un monstre issu de manipulations génétiques).

La course-poursuite est dès le départ placée sous le signe du politique avec le cri de « Vive la Corée libre » lancé par le Cinglé aux officiers Japonais qui occupent la Mandchourie des années 30. Le jeu de massacre emprunte à l’esthétique des cinémas d’action américain (Indiana Jones, Kill Bill) et Hongkongais pour s’achever sur l’un de ces duels qu’affectionnait tant le maître italien du western spaghetti. Mais les aventuriers s’effacent alors face à un trésor plus puissant qu’eux, à l’origine de si nombreux conflits du XXe siècle, comme les héros d’Il était une fois dans l’Ouest laissaient place à l’arrivée du train et des hommes d’affaires. Les majors hollywoodiennes se plaignent depuis plusieurs années de perdre des parts de marché dans l’Asie du sud-est au profit du cinéma coréen. Le cinéma populaire français serait bien inspiré d’étudier les recettes du cinéma sud-coréen qui conjugue le sens du spectacle à des problématiques adultes.

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