Rencontres d’Arles (5) : Pierre Jamet, un temps d’avance

On ne dit pas suffisamment que l’un des plus grands acquis du XXe siècle est le droit de vivre à poil, du moins temporairement. Dina Vierny, modèle du sculpteur Aristide Maillol dont une série de représentations de sa muse est visible dans le jardin des Tuileries, s’en est donné à coeur joie lors de la création des auberges de jeunesse sous le Front populaire, sous l’oeil de son complice Pierre Jamet.

D’origine juive moldave, la famille de Dina Vierny s’installe à Paris en fuyant le stalinisme. La jeune femme est âgée de 15 ans lorsqu’elle devient le modèle du sculpteur et qu’elle fréquente les surréalistes. Elle accompagne Pierre Jamet pour la création des auberges de jeunesse, premier système d’hébergement bon marché pour les jeunes en France. La naïveté des poses et le bonheur des jeunes gens contrastent avec la gravité de l’époque : l’un des jeunes gens, Lucien Braslavski, meurt à Auschwitz en 1942, Dina Vierny, installée dans le sud de la France d’où elle fait passer la frontière à des réfugiés, est arrêtée par la Gestapo puis sauvée par Maillol. Elle consacrera une partie de sa vie à créer le musée qui porte le nom du sculpteur à Paris.

Un artiste n’est pas en avance sur son temps : ce sont les tyrans, les censeurs et les nostalgiques qui se trompent de siècle. Les jeunes gens suivis par Pierre Jamet anticipent avec trente ans d’avance le rêve de fraternité et le désir de jouissance des étudiants des années 60. A Dina Vierny donc, qui rêvait d’un monde qui lui survécut un peu.

Rencontres d’Arles, jusqu’au 20 septembre 2013

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