Rencontres d’Arles 2013 (3) : Gordon Parks, Pieter Hugo, d’une histoire de mélanine

Il est toujours surprenant et triste lorsqu’on participe à une rencontre de cent à cent-cinquante décideurs français (politiciens, hommes d’affaires, conseillers…), toujours prompts à donner des leçons aux jeunes de banlieue tout en affichant publiquement leur rejet du racisme, de constater qu’ils sont souvent tous blancs d’origine européenne, à l’exception parfois des serveurs ou du photographe chargé d’immortaliser l’événement.

Les photographies de Gordon Parks ont été l’un des premiers remparts dressés aux Etats-Unis contre le racisme envers les noirs. Premier photographe noir employé par un grand magazine (Life), premier cinéaste noir à se voir confier un budget important pour le polar Shaft, il consacre un premier reportage remarqué sur les terribles conditions de vie des noirs de sa ville natale (Fort Scott, Kansas, « Mecque du racisme », où les lycéens noirs n’avaient accès en 1949 ni au sport, ni aux activités culturelles). Il y fait la connaissance de la femme de ménage Stella Watson à laquelle il demande de prendre la pose d’American Gothic de Grant Wood. L’histoire de cette femme est édifiante : père lynché dans le sud (on aimerait que les médias n’utilisent plus le terme de lynchage pour décrire les situations dans lesquelles un jeune est tabassé par une bande : le lynchage de noirs était un événement festif pour les blancs du sud américain), mère morte prématurément, elle-même mariée et enceinte avant la fin de ses études, mari tué par un coup de feu deux jours avant la naissance de leur fille, laquelle est engrossée deux fois durant son adolescence… Le très grand cliché de Gordon Parks croise comme toute photographie mémorable la maîtrise de l’histoire de l’art, la perception de l’inconscient de son temps et le sens de l’avenir.

La rétrospective que les Rencontres d’Arles consacrent à Gordon Parks est l’occasion de s’immerger dans son Panthéon (ses “géants” : Jean-Paul Sartre, Richard Wright, Dean Dixon, Alberto Giacometti et Pablo Neruda) et l’importance de son oeuvre qui croise photoreportage à la gloire de Muhammed Ali ou des Black Panthers, photo de mode, photo de plateau (pour Ingrid Bergman admiratrice d’un de ses reportages pour Life) et cinéma.

Le photographe sud-africain Pieter Hugo (né en 1976) expose une série de portraits qui déclinent le même concept : un processus numérique lui permet de manipuler les canaux de couleur, afin de convertir des images couleur en noir et blanc, de manière à faire ressortir le pigment de la peau des sujets, faisant de chaque individu un homme de couleur. A bon entendeur, salut.

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