Les plages d’Agnès Varda : les captives divines qui suivent notre chance

Les Plages d'Agnès - Agnès Varda

L’eau et les rêves s’épousent merveilleusement dans Les plages, le dernier film de la plus proustienne des cinéastes français, Agnès Varda, qui nous mène dans cette autobiographie poétique des plages de la Belgique de son enfance à celles de Sète et de l’adolescence, aux rivages de la Seine à l’âge adulte, puis de la Californie au temps du succès, et enfin de Noirmoutier à l’heure du souvenir.

La cinéaste choisit dès le départ de filmer la Mer du Nord depuis d’innombrables miroirs qu’elle parsème sur la plage. Chaque image de l’Océan se réfléchit alors comme un souvenir pris dans les filets de la mémoire.

Il sera difficile au spectateur contemporain d’imaginer le combat de cette femme pour conquérir sa place dans le milieu macho du cinéma des années 50, grâce au coup de pouce de Jean-Luc Godard qui la présente au producteur d’A bout de souffle pour lui permettre de réaliser son premier chef-d’oeuvre, Cléo de cinq à sept. Mais il est bien question ici de la lutte des femmes pour le droit à disposer de leur propre corps et pour affirmer leur place dans la société, en compagnie de la regrettée Delphine Seyrig (l’inoubliable Fabienne Tabard de Baisers volés et la fée de Peau d’âne). Et puis Agnès Varda est la femme qui aima un homme, l’inoubliable Jacques Demy (Les demoiselles de Rochefort), dont les trahisons n’ont pas entamé l’inaltérable souvenir du bonheur partagé.

Chris Marker, ami de la cinéaste, se demandait dans son film Sans soleil comment faisaient les hommes pour se souvenir avant l’invention du cinéma, avant de remarquer que ce rôle devait être occupé par la Bible. Le film d’Agnès Varda parle aussi de l’urgence qu’il y a à prendre une caméra pour filmer l’expression des gens que l’on aime, et l’humeur de son époque, avant qu’il ne soit trop tard. Dans Elle et lui, la mère de Cary Grant expliquait à Deborah Kerr qu’il fallait vivre pour se créer des souvenirs avant de se retirer dans une maison aussi bien rangée que la sienne. Agnès Varda vit dans le cinéma à présent qu’elle est entourée d’aussi beaux souvenirs et d’une famille attachante. Viellissez en paix, Madame Varda, nous vous aimons.

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