Rencontres d’Arles 2013 : Sergio Larrain, l’équité du regard

D’une humanité destinée à la recherche de la reconnaissance dans les yeux de l’autre, et où l’art sert trop souvent à légitimer un rapport de force sous le confort du cynisme, le photographe chilien Sergio Larrain (1931-2012) a recherché toute sa vie l’équité du regard. Ainsi, le spectateur français apprendrait beaucoup de la photographie (non encadrée dans l’exposition, nulle part reproduite) datant de 1959 d’une jeune Algérienne en train de faire la vaisselle à terre, levant le regard sur un gamin de l’armée française, exhibant fièrement son fusil, mais incapable de soutenir le regard de la jeune femme.

Le photographe épousa la règle de Cartier-Bresson dont il rejoignit l’agence Magnum (“que nul n’entre ici s’il n’est géomètre”) sans accepter le devoir de prendre des photos chocs appréciées des grands journaux internationaux. Il commença sa carrière en s’attachant à la description des vies sans événement des villes occidentales qu’il découvrit dans sa jeunesse (à Londres, prendre le métro, attendre le bus, boire au pub avec des gens qui partagent vos opinions, se promener avec sa femme au parc…), et des vies condamnées à subir la violence de l’événement : gamins abandonnés des rues du Chili à la recherche de nourriture et de sommeil, Indiens d’Amérique Latine faisant survivre “comme un corps sans tête l’ancienne culture inca : son harmonie, ses coutumes persistent, cachées sous les artifices du XXe siècle”, enfants insouciants jouant dans les rues de Sicile sous le regard des hommes qui perpétuent les rites d’une société violente…

Sa recherche d’équité et de spiritualité le conduisit à la recherche de l’humanité des êtres de passage incarnés par les pêcheurs chiliens ou les prostitués et prostituées de Valparaiso. Il préféra une retraite prématurée et des années de méditation à la quête de l’instant de grâce qu’il ne trouvait plus dans le monde qui l’environnait pour déclencher le désir de photographie. Il reste de son passage sur terre la rose qu’il découvrit à son réveil sur son coeur, comme le personnage de Borges qui avait rêvé qu’on la lui offre au cours de sa visite du paradis.

Rencontres d’Arles 2013, jusqu’au 20 septembre 2013

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