Michael Kohlhaas d’Arnaud des Pallières : d’où partent les révolutions

C’est l’histoire du héros d’un écrivain allemand, Heinrich von Kleist (1777-1811), révolté par l’iniquité et la violence de l’armée napoléonienne, que transpose Arnaud des Pallières, jusqu’à présent habitué aux surprenantes capacités de destruction de la bourgeoisie française.

Le cinéaste transpose l’intrigue allemande au XVIe siècle dans les Cévennes (magnifiquement filmées par Jeanne Lapoirie qui avait déjà accompagné le cinéaste sur son précédent long, Parc) avec un casting international et certaines des plus impressionnantes gueules du cinéma contemporain, Mads Mikkelsen en tête, qui ressuscite le Clint Eastwood de l’époque Pale Rider, Bruno Ganz, Sergi Lopez, Denis Lavant en pasteur soumis au pouvoir, filmé comme s’il sortait d’un tableau de Rembrandt, Amira Casar, Roxane Duran (l’une des jeunes filles du Ruban blanc)… Un marchand de chevaux déclenche une jacquerie après que le baron voisin ait martyrisé sa femme alors qu’il tentait d’obtenir justice contre lui après avoir dû lui abandonner deux chevaux.

Comme dans Parc, le cinéaste détourne le film de genre en partant d’une situation euphorique (une belle femme aimante accueillant son homme d’un “La première fois que je t’ai vu, je me suis dit : “je veux toucher cet homme”, je veux boire sa tendresse dans l’auge des cochons”) pour suivre son désespoir, sa vengeance et sa marche vers la mort.

Arnaud des Pallières filme en cinéaste marxiste un homme debout face à l’avilissement d’une religion “opium du peuple” (“Les Juifs et nous (les Protestants) sont les seuls à se tenir encore debout” dit Mads Mikkelsen en prison), figure exemplaire du croisement des idéaux révolutionnaires et du romantisme allemand. D’une situation économique, sociale et politique intenable, naissent des jacqueries, des révolutions ou des printemps. Et comme selon l’historien Jean-Clément Martin “il n’y a pas eu de terreur”, à savoir que la violence de la Révolution française, événement sur lequel est construit le monde contemporain, doit être mise en perspective avec la violence inouïe de l’ancien régime, Michael Kohlhaas filme la violence de tous les réprouvés du monde dès lors que la justice ne répond pas à leur révolte.

MICHAEL KOHLHAAS – Bande-annonce VF par CoteCine

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *